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home | La Bible et Le Coran D'André Chouraqui En Ligne
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Les Cinq Volumes
1.Poèmes Des Poèmes
2.Routh
3.Quoi ?
4.Qohèlèt
5. Èstér
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Liminaire pour Cinq volumes
Hamesh Meguilot, Cinq volumes, ce titre désigne les cinq textes les plus brefs de l’ensemble des Écrits: Poème des Poèmes, Rout, Quoi ?, Qohèlèt, Èstér.
Ces volumes tant en raison de leur contenu que de leur brièveté sont d’un usage constant dans la liturgie synagogale, d’où leur groupement en un seul livre suivant une tradition tardive. Ni les sources anciennes, ni les LXX, ni le Talmud, ni les midrashîm ne rapprochent ces textes des Écrits. Le nom de meguila, « volume », est employé dans ces sources anciennes pour désigner le volume d’Èstér qui était lu publiquement avant la destruction du Temple. Beaucoup plus tard, les cinq meguilot sont regroupées comme nous le faisons ici, c’est-à-dire dans un ordre litturgique, celui de leur lecture tout au long de l’année.
Poème des Poèmes Shir Hashirîm Le Cantique des Cantiques
Liminaire pour Poème des Poèmes
Shir ha-shirîm, Poème des poèmes, c’est-à-dire Poème par excellence: tel est le titre que se donne lui-même le premier des « Cinq Volumes », et qui a été intitulé en français « Cantique des cantiques », par simple transcription du latin. Il est rapporté à Shelomo (Salomon), le sage entre les sages, sans qu’on puisse dire si le relatif asher désigne ce roi comme auteur ou comme destinataire de ce texte admirable.
Une lecture attentive des cent dix-sept versets qui le composent révèle deux plans de signification qui se marient: un plan humain, où l’auteur met en scène un homme et une femme unis par l’amour, et un plan cosmique relatif à la création entière. Les lecteurs qui ne verraient ici qu’une histoire d’amour élimineraient, consciemment ou non, les vastes horizons d’où cet amour surgit et dans lesquels il se meut. C’est dans l’universalité du réel que naît l’amour. Aussi la poésie hébraïque marie-t-elle ici l’humain au cosmos; elle voit le réel sous la forme d’un homme, et dans cet homme la totalité de l’univers.
L’unité de l’oeuvre se dégage, comme celle d’une symphonie, des thèmes qui la composent et s’y affirment tour à tour. Le premier est celui de la genèse de l’amour. On doit lire le deuxième verset, non comme un simple voeu, mais comme une certitude: l’amour est présent; l’amante est sûre que son amant la baisera des baisers de sa bouche. Le triomphe final de l’amour absolu est, dans sa genèse même, un acte de foi, d’adhérence.
En contrepoint surgit le deuxième thème, celui de l’exil (3,1-5). L’amante recherche l’amant absent. Après avoir été simplement esquissé, ce thème disparaît pour laisser la place à celui de la contemplation amoureuse. Porté dans un palanquin, le roi s’avance vers son aimée. L’ayant retrouvée, il ne cesse de la chanter et d’exalter sa beauté.
La partie centrale du poème est la plus importante; c’est elle qui donne toute sa signification à l’oeuvre. Le thème de l’exil, de la solitude et de la souffrance est repris à fond. L’amante, plongée dans un demi-sommeil, n’a pas répondu à l’appel de l’amant. Celui-ci renonce à elle et part, la laissant à sa solitude, à son exil. Elle y affronte de nouvelles et plus cruelles épreuves. Sa quête fidèle de l’amour la sauve. Le couple se recherche à nouveau dans la joie de la contemplation d’amour.
Le troisième thème explose enfin dans la joie des retrouvailles: l’exil a pris fin, la souffrance est rédimée. Les amants se réunissent dans la suavités des noces éternelles, dans le printemps nouveau qui ne passera pas. Au paroxysme de la passion assouvie, ils célèbrent l’amour réalisé dans la mutation de l’être, scellé à jamais, inexorable comme la mort.
Les trois motifs fondamentaux qui forment la trame du poème se retrouvent en profondeur dans la Bible tout entière, traversée, elle aussi, par le triple thème de la création, de la chute ou de l’exil et de la rédemption. Unique entre tous les livres bibliques, le Poème des Poèmes s’affirme en même temps comme le plus complet, le plus universel, et peut-être le plus parfait. Un des livres les plus courts de la Bible, et l’un des plus nécessaires. Rabbi Aquiba l’a dit: « Le monde n’avait ni valeur ni sens avant que le Poème des Poèmes fût donné à Israël. » En lui, nous lisons le poème sacré par excellence, celui qui célèbre l’amour absolu, dans des perspectives et sur des rythmes qui font écho à la sublimité du chant des univers.
Chapitre 1.
Poème des Poèmes
1. Poème des poèmes qui est à Shelomo.
2. Il me baisera des baisers de sa bouche;
oui, tes étreintes sont meilleures que le vin.
3. À l’odeur, tes huiles sont bonnes, ton nom est une huile jaillissante;
aussi, les nubiles t’aiment.
4. Tire-moi derrière toi, courons !
Le roi m’a fait venir en ses intérieurs.
Jubilons, réjouissons-nous en toi !
Mémorisons tes étreintes mieux que le vin ! Les rectitudes t’aiment.
5. Moi, noire, harmonieuse, filles de Ieroushalaîm,
comme tentes de Qédar, comme tentures de Shelomo.
6. Ne me voyez pas, moi, la noirâtre: oui, le soleil en moi s’est miré.
Les fils de ma mère ont brûlé contre moi;
ils m’ont mise gardienne de vignobles.
Mon vignoble à moi, je ne l’ai pas gardé !
7. Rapporte-moi, toi que mon être aime,
où tu pais, où tu t’étends à midi;
car pourquoi serais-je comme affublée,
auprès des troupeaux de tes amis ?
8. Si tu ne le sais pas pour toi, la belle parmi les femmes,
sors pour toi sur les traces des ovins;
pâture tes chevreaux aux demeures des pâtres.
9. À ma jument, aux attelages de Pharaon, je te compare, ô ma compagne !
10. Tes joues sont harmonieuses dans les pendeloques,
ton cou dans les gemmes.
11. Nous ferons pour toi des pendeloques d’or,
avec des pointes d’argent.
12. Le roi encore sur son divan,
mon nard donne son odeur.
13. Mon amant est pour moi un sachet de myrrhe;
il nuite entre mes seins.
14. Mon amant est pour moi une grappe de cypre,
aux vignobles de ‘Éïn Guèdi.
15. Te voici belle, ma compagne,
te voici belle aux yeux palombes.
16. Te voici beau, mon amant, suave aussi;
aussi notre berceau est luxuriant.
17. Les cèdres sont les poutres de nos maisons;
nos lambris, des genévriers.
Chapitre 2.
Lotus des vallées
1. Moi, l’amaryllis du Sharôn, le lotus des vallées.
2. Comme un lotus parmi les vinettiers,
telle est ma compagne parmi les filles.
3. Comme un pommier parmi les arbres de la forêt,
tel est mon amant parmi les fils.
Je désirais son ombre, j’y habite;
son fruit est doux à mon palais.
4. Il m’a fait venir à la maison du vin;
son étendard sur moi, c’est l’amour.
5. Soutenez-moi d’éclairs, tapissez-moi de pommes:
oui, je suis malade d’amour.
6. Sa gauche dessous ma tête, sa droite m’étreint.
7. Je vous adjure, filles de Ieroushalaîm,
par les gazelles ou par les biches du champ,
n’éveillez pas, ne réveillez pas l’amour avant qu’il le désire !
Va vers toi-même
8. La voix de mon amant ! Le voici, il vient !
Il bondit sur les monts, il saute sur les collines.
9. Il ressemble, mon amant, à la gazelle ou au faon des chevreuils...
Le voici, il se dresse derrière notre muraille !
Il guette aux fenêtres, il épie aux treillages !
10. Il répond, mon amant, et me dit: Lève-toi vers toi-même,
ma compagne, ma belle, et va vers toi-même !
11. Oui, voici, l’hiver est passé,
la pluie a cessé, elle s’en est allée.
12. Les bourgeons se voient sur terre,
le temps du rossignol est arrivé,
la voix de la tourterelle s’entend sur notre terre.
13. Le figuier embaume ses sycones,
les vignes en pousse donnent leur parfum.
Lève-toi vers toi-même, ma compagne, ma belle, et va vers toi-même !
14. Ma palombe aux fentes du rocher, au secret de la marche,
fais-moi voir ta vue, fais-moi entendre ta voix !
Oui, ta voix est suave, ta vue harmonieuse.
15. Saisissez pour nous les renards, les petits renards,
saboteurs de vignobles ! Nos vignobles sont en pousse.
16. Mon amant à moi, et moi à lui, le pâtre aux lotus.
17. Jusqu’à ce que le jour se gonfle, s’enfuient les ombres,
fais volte-face, ressemble pour toi, mon amant,
à la gazelle ou au faon des chevreuils, sur les monts de la rupture.
Chapitre 3.
Noces
1. Sur ma couche, dans les nuits, j’ai cherché celui qu’aime mon être.
Je l’ai cherché, mais ne l’ai pas trouvé.
2. Je me lèverai donc, je tournerai dans la ville,
dans les marchés, sur les places.
Je chercherai celui qu’aime mon être. Je l’ai cherché mais ne l’ai pas trouvé.
3. Les gardes qui tournaient dans la ville m’ont trouvée.
« Celui qu’aime mon être, l’avez-vous vu ? »
4. De peu les avais-je dépassés que je trouvai celui qu’aime mon être.
Je l’ai saisi et ne le lâcherai pas
avant de l’avoir fait venir à la maison de ma mère,
dans l’intérieur de ma génitrice.
5. Je vous adjure, filles de Ieroushalaîm,
par les gazelles ou par les biches du champ,
n’éveillez pas, ne réveillez pas l’amour avant qu’il le désire !
6. Qui est celle qui monte du désert,
comme palmes de fumée, encensée de myrrhe et d’oliban,
de toutes les poudres du colporteur ?
7. Voici le lit de Shelomo, soixante héros sont autour de lui,
des héros d’Israël;
8. tous armés d’épée, initiés à la guerre,
chaque homme son épée sur sa cuisse, contre le tremblement des nuits.
9. Le roi Shelomo s’est fait un palanquin en bois du Lebanôn.
10. Il fait ses colonnes d’argent, sa tapisserie d’or,
ses montants de pourpre, son intérieur tapissé d’amour
par les filles de Ieroushalaîm.
11. Sortez, voyez, filles de Siôn, le roi Shelomo,
le nimbe dont sa mère l’a nimbé le jour de sa noce,
le jour de la joie de son coeur !
Chapitre 4.
Viens avec moi
1. Te voici belle, ma compagne, te voici belle !
Tes yeux palombes à travers ton litham;
tes cheveux tel un troupeau de caprins qui dévalent du mont Guil‘ad;
2. tes dents tel un troupeau de tondues qui montent de la baignade;
oui, toutes jumelées, sans manquantes en elles.
3. Tes lèvres, tel un fil d’écarlate, ton parler harmonieux;
telle une tranche de grenade, ta tempe à travers ton litham;
4. et telle la tour de David, ton cou, bâti pour les trophées:
mille pavois y sont suspendus, tous les carquois des héros.
5. Tes deux seins, tels deux faons, jumeaux de la gazelle,
pâturent dans les lotus.
6. Avant que le jour se gonfle et s’enfuient les ombres,
j’irai vers moi-même au mont de la myrrhe, à la colline de l’oliban.
7. Toi, toute belle, ma compagne, sans vice en toi.
8. Avec moi du Lebanôn, fiancée, avec moi du Lebanôn, tu viendras !
Tu contempleras de la cime d’Amana, de la cime du Senir et du Hermôn,
des tanières de lions, des monts de léopards !
9. Tu m’as incardié, ma soeur-fiancée, tu m’as incardié
d’un seul de tes yeux, d’un seul joyau de tes colliers.
10. Qu’elles sont belles, tes étreintes, ma soeur-fiancée,
qu’elles sont bonnes tes étreintes, plus que le vin !
L’odeur de tes huiles plus que tous les aromates !
11. De nectar, elles dégoulinent, tes lèvres, fiancée !
Le miel et le lait sous ta langue,
l’odeur de tes robes; telle l’odeur du Lebanôn !
12. Jardin fermé, ma soeur-fiancée, onde fermée, source scellée !
13. Tes effluves, un paradis de grenades,
avec le fruit des succulences, hennés avec nards;
14. nard, safran, canne et cinnamome avec tous les bois d’oliban;
myrrhe, aloès, avec toutes les têtes d’aromates !
15. Source des jardins, puits, eaux vives, liquides du Lebanôn !
16. Éveille-toi, aquilon ! Viens, simoun, gonfle mon jardin !
Que ses aromates ruissellent !
Mon amant est venu dans son jardin; il mange le fruit de ses succulences.
Chapitre 5.
Enivrez-vous d’étreintes
1. Je viens dans mon jardin, ma soeur-fiancée,
j’égrappe ma myrrhe avec mon aromate,
je mange mon rayon avec mon miel, je bois mon vin avec du lait.
Mangez, compagnons, buvez, enivrez-vous d’étreintes !
Mon amant
2. Moi dormant, mon coeur veille.
Une voix: mon amant tape: « Ouvre-moi, ma soeur, ma compagne,
ma palombe, ma parfaite; oui, ma tête est pleine de rosée,
mes boucles, des éclats de la nuit. »
3. J’ai enlevé mon aube, comment la vêtirai-je ?
J’ai baigné mes pieds, comment les salirais-je ?
4. Mon amant lance sa main par le trou;
mes boyaux se bouleversent pour lui.
5. Je me lève moi-même pour ouvrir à mon amant.
Mes mains dégoulinent de myrrhe,
mes doigts de myrrhe ruisselante, sur les paumes du loquet.
6. J’ouvre moi-même, à mon amant,
mais mon amant s’était esquivé, il était passé.
Mon être s’extasiait à sa parole.
Je l’ai cherché, mais ne l’ai pas trouvé.
J’ai crié vers lui, mais il ne m’a pas répondu.
7. Ils m’ont trouvée, les gardes qui tournent dans la ville.
Ils m’ont frappée, ils m’ont blessée.
Ils ont emporté mon châle sur moi, les gardes des remparts.
8. Je vous adjure, filles de Ieroushalaîm,
si vous trouvez mon amant, que lui rapporterez-vous ?
Que je suis malade d’amour...
9. Qu’est ton amant de plus qu’un amant,
la belle parmi les femmes ?
Qu’est ton amant de plus qu’un amant,
pour que tu nous adjures ainsi ?
10. Mon amant transparent et rouge, éminent au-dessus des myriades,
11. sa tête est d’or vermeil; ses boucles ondulent, noires comme le corbeau.
12. Ses yeux, telle des palombes sur des ruisseaux d’eaux,
baignent dans du lait, habitent en plénitude.
13. Ses joues, telles une terrasse d’aromates, sont des tours d’épices;
ses lèvres, des lotus, dégoulinent de myrrhe ruisselante.
14. Ses mains, des sphères d’or remplies d’émeraudes;
son ventre, un bloc d’ivoire évanoui dans des saphirs.
15. Ses jarrets, des colonnes d’albâtre fondées sur des socles de vermeil.
Sa vue comme le Lebanôn, il est élu comme les cèdres.
16. Son sein est douceurs, son tout désirable. Voilà mon amant,
voilà mon compagnon, filles de Ieroushalaîm.
Chapitre 6.
Ma compagne
1. Où est allé ton amant, la belle parmi les femmes,
où fait-il face, ton amant ? Nous le chercherons avec toi.
2. Mon amant est descendu dans son jardin, sur les terrasses d’aromates,
pour pâturer dans les jardins, pour cueillir des lotus.
3. Moi à mon amant et mon amant à moi, le pâtre aux lotus.
4. Tu es belle, ma compagne, telle Tirsa,
harmonieuse, telle Ieroushalaîm,
terrible comme un mirage.
5. Détourne de moi tes yeux: oui, ils me fascinent !
Ta chevelure, tel un troupeau de caprins qui dévalent de Guil‘ad.
6. Tes dents, tel un troupeau de brebis qui montent de la baignade;
oui, toutes jumelées, sans manquantes en elles;
7. et comme une fente de grenade, ta tempe à travers ton litham.
8. Soixante sont reines, octante concubines, et les nubiles sans nombre.
9. Elle est unique, elle, ma palombe, ma parfaite, unique, elle,
pour sa mère, immaculée, elle, pour celle qui l’enfanta.
Elles l’ont vue, les filles, et l’ont félicitée;
les reines, les concubines, et l’ont louangée.
10. Qui est-elle ? Elle s’observe telle une aube,
belle comme la Blanche, immaculée comme l’Incandescent
et terrible comme un mirage.
11. Je suis descendue au verger du noyer, voir les germinations du torrent,
voir si la vigne a fleuri, étincelé les grenadiers.
12. Je ne sais, mais mon être m’a mise
aux chars de mon peuple prince !
Chapitre 7.
Shoulamit
1. Retourne, retourne, la Shoulamit !
Retourne, retourne, nous te contemplerons !
Que contemplez-vous en Shoulamit ?
Comme la ronde des deux camps.
2. Qu’ils sont beaux, tes pas dans les sandales,
fille de prince ! Le galbe de tes cuisses,
tels des joyaux, est oeuvre de main d’artiste.
3. Ton ombilic, cratère lunaire, ne manque pas de brandevin.
Ton ventre, une meule de blé enclose de lotus.
4. Tes deux seins, tels deux faons, jumeaux d’une gazelle.
5. Ton cou, telle une tour d’ivoire;
tes yeux, des vasques de Hèshbôn, à la Porte de Bat-Rabîm.
Ton nez, comme la tour du Lebanôn, en éclaireur, fait face à Damèssèq.
6. Ta tête sur toi est comme le Karmèl; les nattes de ta tête,
telle une pourpre; un roi y est captif de boucles.
7. Que tu es belle, que tu es suave, amour, dans les délices !
8. Ceci, ta taille, ressemble au palmier, et les seins à des pampres.
9. J’ai dit: Je montrerai au palmier, j’en saisirai les spathes.
Qu’ils soient donc, tes seins, comme des pampres de vigne,
et l’odeur de ton nez comme celle des pommes.
10. Ton palais, tel un vin, le bon, va à mon amant aux rectitudes;
il fait balbutier les lèvres des dormeurs.
11. Moi à mon amant, et sur moi sa passion.
12. Va, mon amant, sortons au champ, nuitons dans les villages !
13. Matinaux aux vignobles, nous verrons si la vigne fleurit,
s’ouvre le bouton, étincellent les grenadiers.
Là, je te donnerai mes étreintes.
14. Les mandragores donnent leur odeur;
en nos ouvertures, toutes succulences, neuves et antiques aussi,
mon amant, je les recèle pour toi.
Chapitre 8.
Sur les monts d’aromates
1. Qui te donnera à moi pour frère, tétant les seins de ma mère ?
Je te trouverais dehors, je t’embrasserais.
Ainsi, ils ne me mépriseraient pas.
2. Je te conduis, je te fais venir à la maison de ma mère. Initie-moi.
Je t’abreuve de vin épicé, du jus de ma grenade.
3. Sa gauche sous ma tête, sa droite m’étreint.
4. Je vous adjure, filles de Ieroushalaîm !
Quoi ! vous éveillerez !
Quoi ! vous réveillerez l’amour avant qu’il le veuille ?
5. Qui est celle qui monte du désert, accoudée sur son amant ?
Sous le pommier, je t’ai éveillé;
là, ta mère te conçut, là te conçut ta procréatrice.
6. Mets-moi comme un sceau sur ton coeur, comme un sceau sur ton bras.
Oui, l’amour est inexorable comme la mort,
l’ardeur, dure comme le Shéol.
Ses fulgurations sont fulgurations de feu, flammes de Yah !
7. Les eaux multiples ne pourront éteindre l’amour,
les fleuves ne les submergeront pas.
Si un homme donnait toute la richesse de sa maison pour l’amour,
de mépris ils le mépriseraient.
8. Nous avons une soeur, petite et sans seins.
Que ferons-nous pour notre soeur, le jour où il sera parlé d’elle ?
9. Si rempart elle est, nous lui bâtirons un créneau d’argent;
si porte elle est, nous serrerons contre elle une planche de cèdre.
10. Moi, rempart, mes seins sont comme des tours.
Alors je devins à ses yeux comme l’inventrice de la paix.
11. Il était à Shelomo un vignoble, en Ba‘al Amôn.
Il donna le vignoble aux gardiens,
et chaque homme apportait pour son fruit un millier d’argent.
12. Mon vignoble à moi en face de moi,
le millier est à toi, Shelomo, et deux cents aux gardiens de son fruit !
13. Habitante des jardins, des amis sont attentifs à ta voix.
Fais-moi entendre...
14. Fuis, mon amant, ressemble pour toi à la gazelle ou au faon des cerfs,
sur les monts d’aromates.
Rout Routh Ruth
Liminaire pour Rout
Le volume que voici se lit, en Israël, pour la fête de Shabou‘ot (fête des Semaines, ou Pentecôte), sept semaines après Pèssah (Pâques), au temps de la moisson.
L’histoire de Rout (Ruth) est bien connue en France, ne serait-ce que par le Booz endormi de Victor Hugo. Mais les quatre-vingt-cinq versets de l’oeuvre originale gardent une saveur et un sens que les siècles n’ont pas effacés.
Une rencontre, celle d’un vieillard, Bo‘az, et d’une jeune femme, Rout, leurs amours au temps des blés mûrs expliquent les origines d’une dynastie, celle du plus grand des rois d’Israël, David: dans l’Orient biblique, la généalogie constitue l’un des piliers de l’organisation tribale et le fondement légitime de toute dynastie royale.
En Gn 38, on rencontre une histoire parallèle, celle de Iehouda et de Tamar, qui donnent naissance à Pèrès, un autre des ancêtres de David: dans les deux cas, il s’agit d’une veuve, d’une renonciation à un lévirat, d’une femme étrangère (Tamar de Kena‘ân et Rout de Moab), d’une rencontre passagère où la femme s’offre à l’homme de son choix, et enfin d’un résultat vital pour la vie de la nation. Elohîms conduit les peuples et les rois, et c’est ainsi qu’il prépare la naissance de son élu, David.
Chapitre 1.
Au Champ de Moab
1. C’est aux jours où les suffètes jugent; et c’est la famine sur terre.
Un homme de Béit Lèhèm en Iehouda va résider au Champ de Moab,
lui, sa femme, et ses deux fils.
2. Nom de l’homme: Èlimèlèkh; nom de la femme: Na‘omi;
nom de ses deux fils: Mahlôn et Kiliôn.
Des Èphratîm de Béit Lèhèm en Iehouda.
Ils viennent au Champ de Moab; ils sont là.
3. Èlimèlèkh, l’homme de Na‘omi, meurt. Elle reste, elle et ses deux fils.
4. Ils portent femmes pour eux, des Moabites.
Nom de l’une: ‘Orpa; nom de la deuxième: Rout.
Ils habitent là environ dix ans.
5. Ils meurent tous les deux aussi, Mahlôn et Kiliôn.
La femme reste, sans ses deux enfants et sans son homme.
6. Elle se lève, elle et ses brus; elle s’en retourne du Champ de Moab:
oui, elle avait entendu, au Champ de Moab,
que IHVH-Adonaï sanctionnait son peuple en leur donnant du pain.
7. Elle sort du lieu où elle était, ses deux brus avec elle.
Elles vont sur la route pour retourner en terre de Iehouda.
Les veuves
8. Na‘omi dit à ses deux brus:
« Allez, retournez chacune à la maison de votre mère.
IHVH-Adonaï vous fera chérissement,
comme vous avez fait avec les morts et avec moi.
9. IHVH-Adonaï vous le donnera, trouvez le repos,
chacune dans la maison de son homme. »
Elle les baise. Elles portent leur voix et pleurent.
10. Elles lui disent: « Oui, nous retournerons avec toi vers ton peuple. »
11. Na‘omi dit: « Retournez, mes filles !
Pourquoi iriez-vous avec moi ?
Ai-je encore des fils dans mes entrailles,
pour qu’ils soient à vous pour hommes ?
12. Retournez, mes filles, allez !
Oui, j’ai trop vieilli pour être à un homme,
pour que je dise: L’espoir existe en moi,
et j’enfanterai aussi des fils.
13. Patienterez-vous pour eux jusqu’à ce qu’ils grandissent ?
Vous voueriez-vous à eux sans être à un homme ?
Non, mes filles, car c’est amer pour moi, beaucoup plus que pour vous.
Oui, la main de IHVH-Adonaï est sortie contre moi. »
14. Elles portent leur voix et pleurent encore.
‘Orpa baise sa belle-mère. Mais Rout colle à elle.
Le retour
15. Elle dit: « Voici, ta belle-soeur est retournée
vers son peuple, vers ses Elohîms. Retourne derrière ta belle-soeur. »
16. Rout dit: « Ne me pousse pas à t’abandonner, à retourner loin de toi.
Oui, où tu iras, j’irai; où tu nuiteras, je nuiterai.
Ton peuple sera mon peuple; ton Elohîms, mon Elohîms.
17. Où tu mourras, je mourrai; et là je serai ensevelie.
Que IHVH-Adonaï me fasse ainsi et qu’il m’ajoute ainsi:
oui, seule la mort me séparera de toi ! »
18. Elle le voit, oui, elle s’efforce d’aller avec elle.
Elle cesse de lui parler.
19. Elles vont, les deux, jusqu’à leur venue à Béit Lèhèm.
Et c’est à leur venue à Béit Lèhèm, toute la ville s’émeut pour elles.
Elles disent: « Est-ce là Na‘omi ? »
20. Elle leur dit: « Ne m’appelez pas: « Na‘omi », « Ma Suave ».
Appelez-moi « Mara », « Amère ». Oui, Shadaï m’a fort amertumée.
21. Moi, pleine, j’allais; mais, vide, il me fait retourner, IHVH-Adonaï.
Pourquoi m’appelleriez-vous Na‘omi ?
IHVH-Adonaï a répondu contre moi Shadaï m’a fait mal ! »
22. Na‘omi retourne avec Rout, la Moabite, sa bru;
elles retournent du Champ de Moab.
Elles viennent à Béit Lèhèm,
au commencement de la moisson des orges.
Chapitre 2.
La glaneuse
1. Na‘omi avait une connaissance de son homme,
un homme, un héros de valeur, du clan d’Èlimèlèkh.
Son nom, Bo‘az.
2. Rout, la Moabite, dit à Na‘omi: « J’irai donc au champ.
Je cueillerai des épis
derrière celui aux yeux de qui j’aurai trouvé grâce. »
Elle lui dit: « Va, ma fille. »
3. Elle va, vient et cueille dans un champ, derrière les moissonneurs.
Advient son aventure,
la parcelle du champ de Bo‘az, du clan d’Èlimèlèkh.
4. Et voici, Bo‘az vient de Béit Lèhèm.
Il dit aux moissonneurs:
« IHVH-Adonaï est avec vous. » Ils lui disent: « IHVH-Adonaï te bénisse ! »
5. Bo‘az dit à son adolescent posté près des moissonneurs:
« À qui cette adolescente ? »
6. L’adolescent posté près des moissonneurs répond et dit:
« L’adolescente est une Moabite,
de retour avec Na‘omi du Champ de Moab.
7. Elle a dit: ‹ Je cueillerai donc,
j’ajouterai aux gerbes derrière les moissonneurs. ›
Elle est venue et s’est dressée depuis le matin jusqu’à maintenant.
Elle habite peu la maison. »
8. Bo‘az dit à Rout: « N’as-tu pas entendu, ma fille ?
Ne va pas cueillir dans un autre champ,
ne passe pas aussi loin de celui-ci.
Tu colleras ainsi à mes adolescentes.
9. Tes yeux sur le champ où ils moissonnent, va derrière elles.
N’ai-je pas ordonné aux adolescents de ne pas te toucher ?
Assoiffée, va aux cruches et bois ce que puiseront les adolescents. »
10. Elle tombe sur ses faces, se prosterne à terre, et lui dit:
« Pourquoi ai-je trouvé grâce à tes yeux
afin que tu me reconnaisses, moi-même, une étrangère ? »
11. Bo‘az répond et lui dit: « Il m’a été rapporté, rapporté,
tout ce que tu as fait avec ta belle-mère après la mort de ton homme:
Tu as abandonné ton père, ta mère et la terre de ton enfantement;
puis tu es allée vers un peuple
que tu ne connaissais pas d’hier ni d’avant-hier.
12. IHVH-Adonaï payera ton oeuvre, ton salaire sera entier
de la part de IHVH-Adonaï, l’Elohîms d’Israël,
sous les ailes de qui tu es venue t’abriter. »
13. Elle dit: « Je trouverai grâce à tes yeux, mon Adôn.
Oui, tu m’as réconfortée; oui, tu as parlé au coeur de ta domestique.
Mais, moi-même, je ne suis même pas comme une de tes domestiques. »
14. Bo‘az lui dit, au temps de manger: « Avance ici, mange du pain.
Trempe ta miche dans la vinaigrette. »
Elle s’assoit à côté des moissonneurs.
Il pince pour elle des pains grillés.
Elle mange, se rassasie et en laisse.
15. Elle se lève pour cueillir. Bo‘az ordonne à ses adolescents pour dire:
« Qu’elle glane aussi entre les gerbes, ne lui faites pas d’outrage.
16. Laissez aussi tomber pour elle des javelles;
abandonnez, elle cueillera. Ne la rabrouez pas. »
17. Elle cueille dans le champ jusqu’au soir.
Elle effruite ce qu’elle a cueilli, c’est environ un épha d’orge.
18. Elle l’emporte et vient en ville.
Sa belle-mère voit ce qu’elle a cueilli.
Elle en sort et lui donne ce qu’elle laisse après s’être assouvie.
19. Sa belle-mère lui dit: « Où as-tu cueilli aujourd’hui ? où l’as-tu fait ?
Béni soit celui qui t’a reconnue ! »
Elle rapporte à sa belle-mère de ce qu’elle avait fait avec lui. Elle dit:
« Le nom de l’homme avec qui je l’ai fait aujourd’hui, c’est Bo‘az. »
20. Na‘omi dit à sa bru: « Il est béni de IHVH-Adonaï,
lui qui n’a pas abandonné son chérissement
avec les vivants ni avec les morts. »
Na‘omi lui dit: « L’homme nous est proche, c’est un de nos racheteurs. »
21. Rout, la Moabite, dit: « Il m’a même dit:
Tu colleras aux adolescents qui sont à moi
jusqu’à ce qu’ils aient achevé toute la moisson qui est à moi ! »
22. Na‘omi dit à Rout, sa bru: « C’est bien, ma fille,
que tu sortes avec ses jeunes filles,
afin que nul ne te heurte dans un autre champ. »
23. Elle colle aux adolescentes de Bo‘az pour cueillir
jusqu’à l’achèvement de la moisson des orges et de la moisson des blés.
Elle habite avec sa belle-mère.
Chapitre 3.
Dans la nuit
1. Na‘omi, sa belle-mère, lui dit: « Ma fille, ne demanderai-je pas pour toi
un repos qui te soit bon ?
2. Maintenant, Bo‘az n’est-il pas notre connaissance ?
Tu as été avec ses jeunes filles;
et voici, il vanne lui-même l’aire des orges cette nuit.
3. Baigne-toi, frictionne-toi, mets ta tunique sur toi,
et descends à l’aire. Ne te fais pas reconnaître par l’homme
jusqu’à ce qu’il ait achevé de manger et de boire.
4. Et c’est à son coucher, tu connaîtras le lieu où il se couchera.
Va, découvre ses pieds et couche-toi.
Il te rapportera lui-même ce que tu feras. »
5. Elle lui dit: « Je ferai tout ce que tu me diras. »
6. Elle descend à l’aire, et fait tout ce que sa belle-mère lui avait ordonné.
7. Bo‘az mange, il boit, son coeur est bien.
Il vient se coucher au bout de la meule.
Elle vient en secret, découvre ses pieds et se couche.
8. Et c’est au milieu de la nuit, l’homme tressaille, il se resserre.
Or, voici une femme couchée à ses pieds.
9. Il dit: « Qui es-tu ? » Elle dit: « C’est moi, Rout, ta servante.
Étends ton aile sur ta servante: oui, tu es un racheteur. »
10. Il dit: « Toi, bénie de IHVH-Adonaï, ma fille;
tu as bien fait ton dernier chérissement, plus que le premier,
en n’allant pas derrière les adolescents, pauvres ou riches.
11. Maintenant, ma fille, ne frémis pas: je te ferai tout ce que tu diras.
Oui, toute porte de mon peuple sait que tu es une femme de valeur, toi.
12. Maintenant, oui, en vérité, oui, je suis moi-même un racheteur.
Mais un racheteur plus proche que moi existe.
13. Nuite cette nuit, et ce sera, au matin,
s’il te rachète, bien, qu’il te rachète.
Mais s’il ne désire pas te racheter,
je te rachèterai moi-même, vive IHVH-Adonaï !
Couche-toi jusqu’au matin. »
14. Elle se couche à ses pieds jusqu’au matin.
Elle se lève avant qu’un homme ne puisse reconnaître son compagnon.
Il dit: « Il ne sera pas su que la femme est venue à l’aire. »
15. Il dit: « Apporte l’écharpe qui est sur toi, saisis-la. »
Elle la saisit. Il mesure un sizain d’orge,
le place sur elle, puis vient en ville.
16. Elle vient vers sa belle-mère. Elle dit: « Qui es-tu, ma fille ? »
Elle lui rapporte tout ce que l’homme avait fait pour elle.
17. Elle dit: « Il m’a donné ce sizain d’orge.
Oui, il m’a dit: ‹ Ne viens pas à vide chez ta belle-mère ›. »
18. Elle dit: « Reste, ma fille,
jusqu’à ce que tu saches comment tombera la parole.
L’homme ne se calmera pas
qu’il n’ait achevé la parole aujourd’hui. »
Chapitre 4.
À la Porte
1. Bo‘az monte à la Porte et siège.
Et voici, le racheteur dont Bo‘az avait parlé passe.
Il dit: « Un tel et tel, écarte-toi et siège ici ! » il s’écarte et siège.
2. Il prend dix hommes des anciens de la ville et dit:
« Siégez ici. » Ils siègent.
3. Il dit au racheteur: « Na‘omi, de retour du Champ de Moab,
a vendu la parcelle du champ qui était à notre frère Èlimèlèkh.
4. Et moi, je dis: Je découvrirai ton oreille pour dire:
‹ Achète devant ceux qui siègent et devant les anciens de mon peuple. ›
Si tu rachètes, rachète.
Mais s’il ne rachète pas, rapporte-le-moi et je le saurai,
car il n’est personne, sauf toi, pour racheter, puis moi après toi. »
Il dit: « Moi-même, je rachèterai. »
5. Bo‘az dit: « Le jour où tu achètes le champ de la main de Na‘omi
et de Rout, la Moabite, la femme du mort,
tu achètes de relever le nom du mort sur sa possession. »
6. Le racheteur dit: « Je ne pourrai racheter pour moi
sans détruire ma possession.
Toi, rachète pour toi mon rachat, car je ne peux pas racheter. »
7. Ceci était jadis en Israël, pour le rachat et l’échange:
pour valider toute parole, l’homme retirait sa sandale
et la donnait à son compagnon. Tel était le témoignage en Israël.
8. Le racheteur dit à Bo‘az: « Rachète, toi. » Et il retire sa sandale.
Noces
9. Bo‘az dit aux anciens et à tout le peuple:
« Aujourd’hui vous êtes témoins
de ce que j’ai racheté tout ce qui était à Èlimèlèkh
et tout ce qui était à Kiliôn et Mahlôn de la main de Na‘omi.
10. Mais aussi Rout la Moabite, la femme de Mahlôn,
je l’ai achetée à moi pour femme,
pour relever le nom du mort sur sa possession.
Le nom du mort ne sera pas tranché de ses frères
et de la porte de son lieu. Vous êtes témoins aujourd’hui. »
11. Tout le peuple qui est à la Porte, et les anciens disent:
« Témoins ! IHVH-Adonaï donne la femme venue dans ta maison
comme Rahél et comme Léa, qui ont toutes deux bâti la maison d’Israël.
Fais valeur en Èphrata, et crie un nom en Béit Lèhèm.
12. Que ta maison soit comme la maison de Pèrès,
que Tamar enfanta à Iehouda,
de la semence que IHVH-Adonaï te donnera de cette adolescente. »
13. Bo‘az prend Rout. Elle est à lui pour femme.
Il vient à elle. IHVH-Adonaï lui donne une grossesse. Elle enfante un fils.
14. Les femmes disent à Na‘omi: « IHVH-Adonaï est béni,
qui n’a pas fait chômer pour toi aujourd’hui le racheteur.
Son nom sera crié en Israël.
15. Il sera pour toi le ranimateur de l’être, l’entreteneur de ta sénescence.
Oui, ta bru qui l’aime t’a enfanté,
elle qui est bonne pour toi plus que sept fils. »
Enfantements
16. Na‘omi prend l’enfant et le place sur son sein;
elle est pour lui une marraine.
17. Les voisines crient pour lui un nom pour dire: « Un fils est né à Na‘omi. »
Elles crient son nom: « ‘Obéd »,
lui, le père d’Ishaï, le père de David.
18. Voici les enfantements de Pèrès: Pèrès a fait enfanter Hèsrôn;
19. Hèsrôn a fait enfanter Râm; Râm a fait enfanter ‘Aminadab;
20. ‘Aminadab a fait enfanter Nahshôn; Nahshôn a fait enfanter Salma;
21. Salmôn a fait enfanter Bo‘az; Bo‘az a fait enfanter ‘Obéd;
22. ‘Obéd a fait enfanter Ishaï, et Ishaï a fait enfanter David.
Quoi ? Eikha Lamentations
Liminaire pour Quoi ?
Cinq poèmes d’une exceptionnelle densité pleurent la ruine de Jérusalem, détaillent les malheurs qui l’ont assaillie, chantent l’espoir du retour, du pardon, de la reconstruction de la ville ravagée. Le châtiment est venu: la ville a subi le contrecoup de ses infidélités, mais ses douleurs ont valeur expiatoire et rédemptrice. Qu’elle se repente, et IHVH-Adonaï écartera d’elle sa fureur.
Au coeur du poème se situe le problème du sens de tant de souffrances, l’interrogation angoissée de l’homme de foi en face de l’imprévisible, de l’incompréhensible acharnement d’Elohîms déchaîné contre son peuple, contre son héritage, contre sa maison. Les lettres de l’alphabet déferlent par vagues incantatoires en rangs de trois, comme pour rendre invincible la prière de Jérusalem vaincue mais non désespérée.
Un livre que tout Hébreu relit en jeûnant chaque année, au jour anniversaire, celui du 9 Ab, des deux destructions de Jérusalem.
Le titre est pris du premier mot des chapitres 1, 2 et 4: Eikha, Quoi ? C’est le cri du fidèle étonné, écrasé par le désastre qui a frappé la Ville Sainte.
Les Septante l’ont interprété à leur manière en intitulant l’ouvrage Thrénoï, Thrènes, chants funèbres; mot que la Vulgate a rendu par Lamentationes, d’où le français Lamentations.
L’oeuvre est anonyme. La tradition l’a cependant attribuée à Jérémie, en se fondant sur le fait que l’inspiré vivait à l’époque de la ruine de Jérusalem et que son livre contient plusieurs des thèmes, des expressions et des perspectives théologiques qui réapparaissent ici.
Chapitre 1.
Quoi ?
La ville au peuple multiple est comme une veuve;
l’immense parmi les nations, la princesse des cités est à la corvée !
2.
ses larmes sur la joue, elle est sans consolateur parmi tous ses amants.
Tous ses compagnons l’ont trahie, devenus pour elle des ennemis.
3.
Elle siège parmi les nations, sans trouver de reposoir.
Tous ses persécuteurs l’atteignent parmi les détresses.
4.
Toutes ses portes sont désolées, ses desservants gémissent,
ses vierges s’affligent; c’est amer pour elle !
5.
Oui, IHVH-Adonaï l’afflige pour la multitude de ses carences.
Ses nourrissons vont en captivité, face à l’oppresseur.
6.
ses chefs sont comme des cerfs qui n’ont pas trouvé de pâturage;
ils vont sans force, face au persécuteur.
7.
de tous ses raffinements qui étaient dès les jours d’antan,
à la chute de son peuple en main de l’oppresseur, sans aide pour elle.
Les oppresseurs la voient et se rient de ses chômages.
8.
Tous ses glorificateurs l’avilissent: oui, ils ont vu son sexe.
Elle gémit fort et retourne en arrière.
9.
Elle a déchu prodigieusement, sans réconfort pour elle:
« Vois mon humiliation, IHVH-Adonaï, oui, l’ennemi a fait grand. »
10.
Oui, elle voit les nations, elles sont venues dans son sanctuaire,
elles à qui tu avais ordonné de ne pas venir dans ton assemblée.
11.
donnent leurs somptuosités contre de la nourriture, pour ranimer l’être:
« Vois, IHVH-Adonaï, regarde ! Oui, j’étais une goinfre. »
12.
Regardez et voyez s’il est une douleur semblable à ma douleur,
ce qu’il a provoqué contre moi, ce dont IHVH-Adonaï m’a affligée,
au jour de la brûlure de sa fureur.
13.
Il déploie un filet à mes pieds, il me fait retourner en arrière,
il me donne à la désolation, tout le jour dolente.
14.
elles se tissent et montent contre mon cou; il fait trébucher ma force.
Adonaï me donne en des mains, et je ne peux me relever.
15.
il crie contre moi un rendez-vous, pour briser mes adolescents.
Adonaï foule au pressoir la vierge, la fille Iehouda.
16.
oui, il éloigne de moi le consolateur, le ranimateur de mon être.
Mes fils sont désolés: oui, l’ennemi triomphe.
17.
IHVH-Adonaï contre Ia‘acob donne un ordre à ses oppresseurs autour de lui.
Ieroushalaîm, entre eux, est en menstrue.
18.
Entendez donc, tous les peuples, voyez ma douleur !
Mes vierges, mes adolescents vont en captivité.
19.
Mes desservants, mes anciens, agonisent dans la ville.
Oui, ils demandent pour eux-mêmes de la nourriture,
pour ranimer leur être.
20.
Mes boyaux en effervescence, mon coeur se renverse en mon entraille.
Oui, je me suis rebellée, rebellée !
Du dehors l’épée désenfante, comme dans la maison, la mort.
21.
Tous mes ennemis entendent mon malheur et exultent.
Oui, toi, tu l’as fait, tu as fait venir le jour que tu avais crié.
Qu’ils soient comme moi !
22.
Agis avec eux comme tu as agi envers moi pour toutes mes carences.
Oui, mes gémissements sont multiples, et mon coeur est dolent.
Chapitre 2.
La mort des enfants
1.
Il jette, des ciels à terre, la splendeur d’Israël.
Il ne se souvient pas de l’escabelle de ses pieds, au jour de sa narine.
2.
Dans son emportement, il casse les forteresses de la fille Iehouda,
il les fait arriver à terre; il profane le royaume et ses chefs.
3.
il retourne sa droite en arrière, face à l’ennemi.
Il flambe en Ia‘acob comme un feu: la flamme mange autour.
4.
et poste sa droite comme un oppresseur.
Il tue tous les raffinements de l’oeil;
dans la tente de la fille Siôn, il répand sa fièvre comme un feu.
5.
il engloutit Israël; il engloutit tous ses châteaux, il détruit ses forteresses.
Il combat la fille Iehouda. Ô grogne, ô rogne !
6.
Adonaï fait oublier en Siôn le rendez-vous et le shabat;
il exècre, dans l’irritation de sa fureur, le roi et le desservant.
7.
il enferme en main de l’ennemi les remparts de ses châteaux.
Ils donnent de la voix dans la maison de IHVH-Adonaï,
comme un jour de rendez-vous.
8.
Il tend le cordeau et ne retourne pas sa main avant d’engloutir;
il endeuille l’escarpe et le rempart. Ensemble ils s’étiolent.
9.
Son roi, ses chefs parmi les nations: pas de tora !
Ses inspirés aussi ne trouvent pas la contemplation de IHVH-Adonaï.
10.
Ils élèvent la poussière sur leur tête, et ceignent des sacs.
Les vierges de Ieroushalaîm inclinent leurs têtes à terre.
11.
mon foie se répand à terre par la brisure de la fille de mon peuple,
à l’ensevelissement du nourrisson et du téteur, sur les places de la cité.
12.
quand ils sont ensevelis comme des victimes,
dans les places de la ville,
quand leur être se répand sur le sein de leurs mères.
13.
À qui te comparerai-je, fille Ieroushalaîm ?
À qui t’égalerai-je pour te réconforter, vierge, fille Siôn ?
Oui, ta brisure est grande comme la mer. Qui te guérira ?
14.
ils n’ont pas découvert ton tort pour faire retourner ton retour;
ils saisissent pour toi les charges vaines, les séductions.
15.
ils sifflent, ils meuvent leurs têtes sur la fille Ieroushalaîm.
Était-ce la ville dont ils disaient: Totalité de la beauté !
Alacrité de toute la terre !
16.
ils sifflent, grincent des dents et disent:
« Nous l’avons engloutie ! Ce jour que nous espérions cependant,
nous l’avons trouvé, nous l’avons vu ! »
17.
qu’il avait ordonné dès les jours d’antan.
Il casse sans compatir; l’ennemi se réjouit de toi;
il exalte la corne de tes oppresseurs.
18.
Rempart de la fille Siôn, verse comme un torrent de larmes;
nuit et jour ne te donne nul répit; que la pupille de ton oeil ne se taise pas.
19.
répand ton coeur comme une eau en présence des faces d’Adonaï;
porte tes paumes vers lui, pour l’être de tes nourrissons,
ensevelis dans la famine, en tête de toutes les allées.
20.
Des femmes mangent-elles leur fruit, des nourrissons comblés ?
Dans le sanctuaire d’Adonaï le desservant et l’inspiré seront-ils tués ?
21.
mes vierges, mes adolescents tombent à l’épée.
Tu tues, au jour de ta narine; égorges-tu, tu ne compatis pas.
22.
Au jour de la narine de IHVH-Adonaï, il n’est pas de fugitif ni de vestige.
Ceux que j’avais comblés et multipliés, mon ennemi les achève.
Chapitre 3.
Je crie ton nom, IHVH-Adonaï
1.
2. Il me conduit, il me fait aller dans la ténèbre, non à la lumière.
3. Ah ! contre moi il se retourne; il renverse sa main tout le jour.
4.
5. Il bâtit contre moi et me cerne de ciguë et de lassitude.
6. Il me fait habiter les enténèbrements comme les morts, en pérennité.
7.
8. Même quand je clame et appelle, il boucle ma prière.
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