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Iob

Iob ­ Iob ­ Job

Liminaire pour Iob, Job

     Chef-d’oeuvre écrit à l’âge d’or de la création poétique d’Israël, probablement à l’époque du premier Temple, le livre de Iob (Job) a été attribué par une certaine tradition hébraïque à Moshè (Moïse). Il constitue le premier roman métaphysique de la littérature universelle, et sans doute un de ses sommets. Ses rythmes nous transportent aux sources d’une connaissance nouvelle de l’homme et de son mystère.

     Une antique légende populaire, mettant en scène le juste mis à l’épreuve par Satan, fournit le thème d’un poème lyrique. Le caractère universel de l’oeuvre est souligné par le fait que Job n’est ni un Judéen ni un Israélite, mais un Iduméen.

     Incité par Satan, Elohîms permet que Job perde ses enfants et ses biens, et qu’il soit durement frappé dans son corps par un mal apparemment incurable. La souffrance du juste permet ainsi d’évoquer le problème ontologique du mal.

     Une question centrale domine l’oeuvre: comment apprécier le destin de Job par rapport aux règles généralement admises de la rétribution? La souffrance du juste doit-elle faire douter de l’ordre moral universel ? Le drame atteint aux dimensions de la tragédie: Job est déchiré au plus profond de son être; il ne comprend plus la justice de cet Elohîms qu’il persiste à reconnaître et à adorer. Job le Sage est amené à se révolter contre Job le Juste. Job a perdu davantage que ses enfants et ses biens: il est atteint aux sources désormais taries de son être, dans sa confiance en la justice de IHVH-Adonaï. L’audace de la pensée se fait insurpassable lorsque, ayant renoncé à tout, ayant accepté de tout perdre, il s’accroche à l’ultime bien qui lui reste et qui est pour lui le plus précieux: sa justice. Qu’Elohîms lui prenne ses enfants, sa santé, ses biens, il le comprend et il l’accepte. Mais il ne peut douter de ce qui est une évidence à ses yeux: sa vertu de justice, qu’il érige soudain en impératif absolu, en vertu autonome, disjointe de l’espérance et même de la foi, puisqu’elle accuse IHVH-Adonaï et le met en demeure de se justifier. La justice de l’homme, au-delà de la crainte et de l’espoir, accuse un échec qui semble dénoncer la faillite de la justice divine.

     La tradition hébraïque ultérieure n’hésitera pas à voir parfois en Job un révolté et un blasphémateur (Talmud, Baba Batra, 15-16). Jamais sans doute la pensée d’Israël n’aura été plus loin dans son audace, n’aura autant dépouillé l’univers de son mythe. Jamais l’affirmation de l’homme n’aura été portée aussi loin que par cette victime rongée par son mal et pourtant le surmontant, ivre de justice, malade d’amour.

     Entre le défi de Job et la réponse de IHVH-Adonaï, nous sommes tenus en haleine par les discours d’Elihou, de la tribu de Bouz, au nord de l’Arabie occidentale. Loin d’être un ajout tardif, son poème semble bien exprimer la pensée de l’auteur avant l’ultime théophanie (ch. 32-37). Elihou commence là où Job aboutit. Il admet que la souffrance n’a pas choisi Job en raison de ses fautes. La personne de son interlocuteur importe moins à ses yeux que l’existence de IHVH-Adonaï, dont il lit les preuves dans l’histoire et dans la nature. Elohîms, qui a créé l’univers, pourrait-il lui retirer son chérissement, alors que le réel ne vit que par lui ? Pourrait-il exclure l’homme de son amour et de sa justice ? La nature comme l’esprit sont le fruit de la grâce divine. La conscience morale qui torture Job lui vient de IHVH-Adonaï, de même que la connaissance du Bien et du Mal. Comment celui qui a donné la Tora et lui a soumis l’universalité du réel saurait-il se situer lui-même en dehors de ses exigences ? Job et ses amis ont également tort, puisqu’ils excluent de IHVH-Adonaï le mystère de son amour.

     Ce mystère culmine lorsque IHVH-Adonaï apparaît et que sa voix se fait entendre. Il n’est plus question alors de tentations ni de souffrances, de doutes ou de révoltes. La réalité surnaturelle, celle qui résout dans le chérissement toutes les tensions, toutes les contradictions de la nature, réconcilie, dans la contemplation du mystère, Job le Juste et Job le Sage. Abraham retrouve Isaac sur lequel il avait levé le couteau sacrificiel. Ainsi Job franchit-il la nuit de la révolte et renaît-il dans la lumière et le bien d’Elohîms.


Chapitre 1.

Iob et ses fils

1.     Un homme était en terre de ‘Ous. Son nom: Iob.
Cet homme est intègre et droit; il frémit d’Elohîms et s’écarte du mal.
2.     Sept fils et trois filles sont enfantés pour lui.
3.     Et c’est son cheptel: sept mille ovins, trois mille chameaux,
cinq cents paires de bovins, cinq cents ânesses,
et une domesticité fort nombreuse.
Et c’est cet homme, plus grand que tous les fils du Levant.
4.     Ses fils vont et font un festin dans la maison de l’un d’eux, en ce jour.
Ils envoient et invitent leurs trois soeurs à manger et boire avec eux.
5.     Et c’est quand les jours du festin sont bouclés,
Iob envoie pour les consacrer. Il se lève de grand matin
et fait monter des montées d’après le nombre de tous.
Oui, Iob dit: « Peut-être mes fils ont-ils fauté,
‹ bénissant › Elohîms en leur coeur. » Iob fait ainsi tous les jours.
6.     Et c’est le jour, les fils d’Elohîms viennent se poster devant IHVH-Adonaï.
Mais le Satân vient aussi avec eux.
7.     IHVH-Adonaï dit au Satân: « D’où viens-tu ? » Le Satân répond à IHVH-Adonaï et dit:
« De naviguer sur terre et d’y cheminer. »
8.     IHVH-Adonaï dit au Satân: « As-tu mis ton coeur sur mon serviteur Iob ?
Non, il n’est pas sur terre d’homme semblable à lui, intègre et droit.
Il frémit d’Elohîms et s’écarte du mal. »
9.     Le Satân répond à IHVH-Adonaï et dit:
« Est-ce gratuitement que Iob frémit d’Elohîms ?
10.     N’est-ce pas toi-même qui l’a couvert, lui, sa maison,
et tout ce qui est à lui, autour ?
Tu bénis l’oeuvre de ses mains, et son cheptel fait brèche sur terre.
11.     Cependant, envoie donc ta main, touche à tout ce qu’il a:
il te ‹ bénira ›, contre tes faces ! »
12.     IHVH-Adonaï dit au Satân: « Voici, tout ce qui est à lui est en ta main.
Seulement, n’envoie pas ta main contre lui ! »
Le Satân sort loin des faces de IHVH-Adonaï.

Ruine de Iob

13.     Et c’est le jour, ses fils et ses filles mangent et boivent du vin
dans la maison de leur frère aîné.
14.     Un messager vient vers Iob et dit: « Les bovins étaient au labour,
et les ânesses paissaient sous leurs mains.
15.     Sheba tombe, les prend et frappe les adolescents à bouche d’épée.
Je me suis échappé, moi seulement, tout seul, pour te le rapporter. »
16.     Celui-là parle encore, quand celui-ci vient et dit:
« Le feu d’Elohîms est tombé des ciels;
il a brûlé les ovins et les adolescents; il les a dévorés.
Je me suis échappé, moi seulement, tout seul, pour te le rapporter. »
17.     Celui-là parle encore, quand celui-ci vient et dit:
« Les Kasdîm ont mis trois têtes.
Ils se sont déployés contre les chameaux et les ont pris.
Ils ont frappé les adolescents à bouche d’épée.
Je me suis échappé, moi seulement, tout seul, pour te le rapporter. »
18.     Tandis que celui-là parle, celui-ci vient et dit:
« Tes fils et tes filles mangeaient et buvaient du vin
dans la maison de leur frère aîné.
19.     Et voici, un grand souffle est venu du côté du désert.
Il a touché les quatre coins de la maison.
Elle est tombée sur les adolescents. Ils sont morts.
Je me suis échappé, moi seulement, tout seul, pour te le rapporter. »

20.     Iob se lève, déchire son manteau, se rase la tête,
tombe à terre, se prosterne
21.     et dit: « Nu je suis sorti du ventre de ma mère, et nu je retournerai là.
IHVH-Adonaï a donné, IHVH-Adonaï a pris: le nom de IHVH-Adonaï est béni ! »
22.     En tout cela Iob ne faute pas. Il ne donne pas de fadeur à Elohîms.

Chapitre 2.

Satân insiste

1.     Et c’est le jour, les fils d’Elohîms viennent se poster devant IHVH-Adonaï.
Le Satân vient aussi, parmi eux, se poster devant IHVH-Adonaï.
2.     IHVH-Adonaï dit au Satân: « D’où viens-tu donc ? »
Le Satân répond à IHVH-Adonaï et dit: « De naviguer sur terre et d’y cheminer. »
3.     IHVH-Adonaï dit au Satân: « As-tu mis ton coeur sur mon serviteur Iob ?
Non, il n’est pas sur terre d’homme semblable à lui, intègre et droit.
Il frémit d’Elohîms, s’écarte du mal et affermit encore son intégrité.
Mais tu m’incites contre lui à l’engloutir gratuitement ! »
4.     Le Satân répond à IHVH-Adonaï et dit: « Peau pour peau !
Tout ce que l’homme a, il le donne pour son être !
5.     Pourtant, envoie donc ta main, touche à ses os, à sa chair,
et il te ‹ bénira ›, contre tes faces ! »
6.     IHVH-Adonaï dit au Satân: « Le voici dans ta main; mais préserve son être ! »
7.     Le Satân sort loin des faces de IHVH-Adonaï. Il frappe Iob d’un ulcère malin,
de la plante de son pied jusqu’à son crâne.

8.     Il se prend un tesson pour se gratter avec, lui, assis au milieu de cendres.
9.     Sa femme lui dit: « Tu t’affermis encore en ton intégrité ?
‹ Bénis › Elohîms et meurs ! »
10.     Il lui dit: « Tu parles comme parle une de ces charognes !
Nous acceptons le bien d’Elohîms: n’accepterions-nous pas aussi le mal ? »
En tout cela Iob n’a pas fauté de ses lèvres.

Les amis de Iob

11.     Les trois compagnons de Iob entendent tout ce malheur venu contre lui.
Ils viennent, chacun de son lieu:
Èliphaz le Téimani, Bildad le Shouhi, et Sophar le Na‘amati.
Ils se concertent ensemble pour venir hocher sur lui et le réconforter.
12.     Ils lèvent leurs yeux de loin et ne le reconnaissent pas.
Ils lèvent leur voix et pleurent; chacun déchire son manteau.
Ils jettent de la poussière sur leur tête et contre les ciels.
13.     Ils siègent avec lui à terre sept jours et sept nuits.
Nul ne lui dit une parole: oui, ils voient que la douleur est très grande.

Chapitre 3.

Périsse le jour

1.     Après quoi, Iob ouvre sa bouche et maudit son jour.
2.     Iob répond et dit:
3.     Périsse le jour où je fus enfanté, la nuit qui dit: « Un mâle est conçu » !
4.     Que ce jour-là soit ténèbre ! Qu’Eloha, d’en haut, ne le cherche pas !
Que la luminosité n’apparaisse pas sur lui !
5.     Que la ténèbre et l’ombremort le rachètent ! Que la nuée l’habite !
Que les éclipses du jour le terrifient !
6.     Cette nuit-là, que l’obscurité la prenne !
Qu’elle ne soit pas incluse dans les jours de l’année !
Qu’elle ne vienne pas au nombre des lunes !
7.     Voici, que cette nuit-là soit bréhaigne; que la jubilation n’y vienne pas:
8.     Que ceux qui honnissent le jour la percent,
et les furies, qu’éveille Leviatân !
9.     Que les étoiles de son crépuscule s’enténèbrent !
Qu’elle espère la lumière, sans rien !
Qu’elle ne voie pas les paupières de l’aube,
10.     car elle n’a pas fermé les portes de mon ventre,
pour cacher la souffrance à mes yeux !
11.     Pourquoi ne suis-je pas mort dans la matrice,
du ventre sorti pour agoniser ?
12.     Pourquoi deux genoux m’ont-ils accueilli;
et plus, deux seins pour que je tète ?
13.     Oui, maintenant je serais couché et paisible; je sommeillerais;
je me reposerais, alors,
14.     avec des rois, des conseillers de la terre, qui se bâtissent des mausolées.
15.     Ou avec des chefs qui ont de l’or à eux
et remplissent leurs maisons d’argent.

L’exaspération est venue

16.     Pourquoi ne suis-je pas comme l’avorton enfoui,
comme les nourrissons qui n’ont pas vu la lumière ?
17.     Là, les criminels cessent d’exaspérer,
et là se reposent les épuisés, sans force.
18.     Ensemble, les captifs sont sereins:
ils n’entendent plus la voix du tyran.
19.     Petits et grands sont là, et le serviteur libre de son maître.
20.     Pourquoi donne-t-il la lumière au besogneux, la vie aux êtres amers ?
21.     Ils attendent la mort, mais elle ne vient pas.
Ils fouillent, mieux que pour des magots, afin de la trouver.
22.     Ils jubilent de joie, ils exultent, quand ils trouvent un sépulcre
23.     pour le brave dont la route est cachée et qu’Eloha cloisonne.
24.     Oui, en face de mon pain surgit mon gémissement,
et mes rugissements déferlent comme des eaux.
25.     Oui, je tremble de tremblement; il m’atteint.
Ce qui m’épouvantait est survenu contre moi.
26.     Je ne m’apaise pas, je ne me calme pas,
je ne me repose pas: l’exaspération est venue.

Chapitre 4.

La réponse d’Èliphaz

1.     Èliphaz le Téimani répond et dit:
2.     Te lasseras-tu à éprouver la parole contre toi ?
Mais qui peut refréner les mots ?
3.     Voici, tu en as renforcé plusieurs, et fortifié des mains lâches.
4.     Tes mots ont relevé qui trébuche, et affermi des genoux ployés.
5.     Mais maintenant que cela est venu contre toi, tu es las !
Cela te touche, et tu t’affoles !
6.     Ton frémissement n’est-il pas ton aplomb ?
ton espoir, l’intégrité de tes routes ?
7.     Souviens-toi donc ! Quel innocent a péri ?
Ou bien des équitables ont-ils été biffés ?
8.     Comme je l’ai vu, les laboureurs de fraude
et les semeurs de souffrance les moissonnent.
9.     Par l’haleine d’Eloha, ils périssent;
par le souffle de sa narine ils sont achevés.
10.     Rugissement du lion, voix du vieux félin !
Les dents des lionceaux sont fracassées !
11.     Le lion périt sans proie; les fils de félidés se dispersent.
12.     Vers moi, une parole s’est dérobée; mon oreille l’a vite saisie.
13.     Aux cauchemars des songes de la nuit,
quand la torpeur tombe sur les hommes,
14.     un tremblement m’a saisi, une secousse;
la plupart de mes os en tremblaient.
15.     Un souffle passait sur mes faces; il hérissait le poil de ma chair.
16.     Il se dressait, mais je ne reconnaissais pas son aspect,
l’image contre mes yeux. Silence... Puis j’ai entendu une voix:
17.     « L’homme est-il juste contre Eloha ?
Ou, plus que son auteur, le brave serait-il pur ?
18.     Certes, il ne se fie pas à ses serviteurs;
même en ses messagers il met le désaveu.
19.     Plus encore les habitants de maisons d’argile,
dont les fondations sont de poussière,
écrasés plus vite qu’une mite.
20.     Du matin au soir ils sont brisés sans remise et périssent à jamais.
21.     Leur amarre ne part-elle pas avec eux ?
Ils meurent, mais non dans la sagesse. »

Chapitre 5.

L’ardeur tue le niais

1.     Crie donc ! Existe-t-il, ton interlocuteur ?
Auquel des êtres consacrés feras-tu face ?
2.     Oui, l’exaspération tue le dément; l’ardeur met à mort le niais.
3.     Moi, j’ai vu le dément s’enraciner; j’ai honni son oasis, soudain.
4.     Ses fils s’éloignent du salut, accablés à la porte sans sauveteur.
5.     Sa moisson, l’affamé la mange, il la prend parmi les acanthes;
les jeûneurs aspirent leur fortune.
6.     Non, la fraude ne sort pas de la poussière;
de la glèbe, la peine ne germe pas.
7.     Oui, l’humain est enfanté pour la peine,
et les fils de Rèshèph se haussent pour voler.

L’espoir du gueux

8.     Pourtant, moi je cherche Él; je mets ma parole auprès d’Elohîms,
9.     auteur de grandeurs insondables, de prodiges sans nombre,
10.     donneur de pluie sur les faces de la terre,
envoyeur d’eau sur les faces des allées.
11.     Il relève les abattus en haut; les assombris culminent de salut.
12.     Il annule les pensées des rusés; leurs mains n’agissent pas avec efficacité.
13.     Il prend les sages dans leurs ruses; le conseil des retors avorte.
14.     De jour, ils rencontrent la ténèbre;
et, comme dans la nuit, ils tâtonnent à midi.
15.     Il sauve le pauvre de l’épée de leur bouche et de la main du fort.
16.     C’est l’espoir du gueux: la forfaiture boucle sa bouche.
17.     Voici les marches de l’homme qu’admoneste Eloha !
Ne rejette pas la discipline de Shadaï !
18.     Oui, il endolorit et panse; il mutile, mais ses mains guérissent.
19.     Il te secourt de six détresses; et dans la septième, le mal ne te touche pas.
20.     Pendant la famine, il te rachète de la mort;
pendant la guerre, de la main de l’épée.
21.     Dissimule-toi au fouet de la langue:
tu ne frémiras pas de la razzia quand elle surviendra.
22.     Tu te ris de la razzia, de la malefaim,
et ne frémiras pas de l’animal de la terre.
23.     Oui, ton pacte est avec les pierres du champ;
l’animal du champ fait la paix avec toi.
24.     Tu le sais, oui, ta tente est paix; tu inspectes ton oasis et ne faute pas.
25.     Tu le sais, oui, ta semence est nombreuse;
tes rejetons semblables à l’herbe de la terre.
26.     Tu viens en pétulance au sépulcre, comme la meule monte à temps.
27.     Voici, cela, nous l’avons sondé. C’est ainsi !
Entends donc, et toi, sache-le pour toi-même !

Chapitre 6.

Iob attaque Èliphaz

1.     Iob répond et dit:
2.     Si mon exaspération était pesée, pesée,
avec mon infortune portées ensemble sur les balances,
3.     oui, maintenant cela serait plus lourd que le sable des mers.
Aussi, mes paroles divaguent.
4.     Oui, les flèches de Shadaï sont contre moi,
leur venin que boit mon souffle.
Les paniques d’Eloha se rangent contre moi.
5.     L’onagre ne grogne-t-il pas pour du gazon ?
Le boeuf ne mugit-il pas pour sa pitance ?
6.     Une fadeur se mange-t-elle sans sel ?
A-t-elle un goût, la sève de buglosse ?
7.     Mon être refuse d’y toucher: c’est comme mon pain de dolence.
8.     Qui donnera qu’arrive ma demande, et qu’Eloha me donne mon espoir ?
9.     Qu’Eloha se résolve et m’accable, qu’il délie sa main et me ravisse:
ce serait encore mon réconfort !
10.     Je tressaillerais dans un spasme sans compassion:
du moins, je n’aurais pas biffé les dits du sacré !
11.     Quelle est ma force pour que je patiente ?
Quelle est ma fin, pour que je prolonge mon être ?
12.     Ma force est-elle force de pierres ? ma chair, de bronze ?
13.     Non, mon aide n’est pas en moi; l’efficacité a été bannie loin de moi.
14.     Qui rejette le chérissement de son compagnon ?
Qui abandonne le frémissement de Shadaï ?
15.     Mes frères trahissent comme un torrent,
comme le lit où passent les torrents.
16.     Sombres de glace, la neige les occulte.
17.     Au temps où ils se réchauffent, ils disparaissent;
à la chaleur, ils s’évanouissent loin de leur lieu.
18.     Les caravanes s’infiltrent sur leur route; elles montent en tohu et périssent.
19.     Les caravanes de Téima les regardent; les convois de Sheba les espèrent.
20.     Ils blêmissent d’avoir été sûrs; venus jusqu’à eux, ils s’atterrent.
21.     Oui, maintenant vous êtes comme lui;
vous voyez la consternation et vous frémissez.
22.     Ai-je dit: « Offrez-moi de votre force, soudoyez-moi,
23.     faites-moi échapper à la main de l’oppresseur,
de la main des violents rachetez-moi » ?
24.     Enseignez-moi, je me tairai; faites-moi discerner en quoi j’ai erré.
25.     Quelle véhémence dans les dits de droiture !
Mais qu’exhorte-t-elle, votre exhortation ?
26.     Pensez-vous exhorter par des mots; d’un souffle, les dires du désespéré ?
27.     Vous tombez contre l’orphelin même; vous sapez contre votre ami.
28.     Maintenant, résolvez-vous à faire face,
et, de vos faces, voir si je me trompe !
29.     Retournez donc, qu’il ne soit pas de forfaiture;
retournez encore: ma justification est là.
30.     La forfaiture existe-t-elle sur ma langue ?
Ou bien mon palais ne discerne-t-il pas les infortunes ?

Chapitre 7.

Suis-je mer ou dragon ?

1.     N’est-ce pas une corvée, pour l’homme, sur terre ?
Et ses jours ne sont-ils pas comme les jours d’un salarié ?
2.     Comme le serf aspire à l’ombre, comme le salarié espère son travail,
3.     ainsi suis-je mis en possession de lunes vaines;
des nuits de tourment me sont imparties.
4.     Si je me couche, je dis: « Quand me lèverai-je ? »
Et le soir dépasse la mesure.
Je me rassasie d’errance jusqu’au crépuscule.
5.     Ma chair s’est vêtue de putréfaction, de croûte, de poussière;
ma peau, sidérée, suppure.
6.     Mes jours sont plus légers que la navette; ils s’achèvent sans nul espoir.
7.     Souviens-toi de ce que ma vie est un souffle;
mon oeil ne retourne pas voir le bien.
8.     L’oeil de qui me voit ne me fixe plus;
tes yeux sont sur moi, mais je ne suis plus !
9.     La nuée s’achève et va; ainsi le gisant du Shéol n’en remonte pas.
10.     Il ne retourne plus vers sa maison; son lieu ne le reconnaît plus.
11.     Moi aussi je n’épargnerai pas ma bouche;
je parlerai dans la détresse de mon souffle,
je m’épancherai dans l’amertume de mon être.
12.     Moi, suis-je mer ou dragon,
pour que tu mettes contre moi une muselière ?
13.     Oui, j’ai dit: « Mon grabat me réconfortera;
ma couche portera mon épanchement. »
14.     Mais tu m’effares par des rêves; tu me paniques par des visions.
15.     Mon être choisit l’étranglement; la mort, plutôt que mes os !
16.     Je l’ai rejetée, je ne vivrai plus en pérennité !
Cesse avec moi ! Oui, fumée, mes jours !

17.     Qu’est-il, l’homme, que tu le grandisses, que tu places sur lui ton coeur,
18.     le sanctionnes les matins, l’examines à tout instant ?
19.     Jusqu’à quand, loin de moi, ne me verras-tu pas,
ne me lâcheras-tu pas, que je puisse avaler ma salive ?
20.     J’ai fauté ! Que ferai-je pour toi ?
Détenteur de l’humain, pourquoi m’as-tu mis en cible pour toi ?
Je suis à moi une charge.
21.     Pourquoi ne portes-tu pas ma carence, passant outre à mon tort ?
Oui, maintenant je me couche dans la poussière.
Tu es en quête de moi, mais je ne suis plus.

Chapitre 8.

Bildad condamna Iob

1.     Bildad le Shouhi répond et dit:
2.     Jusqu’où palabreras-tu ainsi, au souffle grandiose des dits de ta bouche ?
3.     L’Él tord-il le jugement ? Ou Shadaï tord-il la justice ?
4.     Si tes fils ont fauté contre lui, il les a renvoyés sur la main de leur carence.
5.     Si tu es en quête d’Él, et, à Shadaï, demandes grâce,
6.     si tu es limpide et droit, oui, maintenant il s’éveillera pour toi;
il restaurera l’oasis de ta justice.
7.     Ton en-tête était minuscule, mais ton avenir culminera fort.
8.     Oui, questionne donc l’âge premier; sois prêt au sondage de leurs pères.
9.     Oui, nous sommes d’hier;
nous ne connaissons pas l’ombre de nos jours sur terre.
10.     Ne t’enseignent-ils pas, eux ? Ne te le disent-ils pas ?
De leur coeur ils extraient des mots.
11.     Le papyrus jaillit-il sans marais ?
La jonchée s’épanouit-elle sans eaux ?
12.     Il est encore en sa germination, il n’est pas cueilli
qu’il sèche avant toute herbe.
13.     Ainsi des voies de tous les oublieux d’Él: l’espoir de l’hypocrite perd,
14.     dont les filandres sont l’aplomb, une maison d’araignée la sécurité.
15.     Il s’appuie sur sa maison, elle ne tient pas;
il s’y adosse, elle ne se relève pas.
16.     Humide, face au soleil, son surgeon sort dans son jardin.
17.     Sur un galgal ses racines s’enchevêtrent; il fissure la maison de pierre.
18.     Quand il est englouti loin de son lieu, celui-ci le renie: « Je ne t’ai pas vu. »
19.     Certes, telle est l’allégresse de sa route,
et de la poussière, d’autres germeront !
20.     Certes ! Él ne rejette pas l’intègre;
il ne renforce pas la main des malfaiteurs,
21.     jusqu’à remplir ta bouche de rire, tes lèvres d’ovations.
22.     Tes haineux se vêtiront de blêmissement;
la tente des criminels ne sera plus.

Chapitre 9.

Iob à Bildad

1.     Iob répond et dit:
2.     En vérité, je sais qu’il en est ainsi:
comment l’homme se justifie-t-il devant Él ?
3.     S’il désire le contester, il ne lui répondra pas une fois sur mille.
4.     Sage de coeur, ferme en force,
qui s’endurcirait contre lui, étant en paix ?
5.     Le remueur de montagnes sans qu’elles le sachent,
lui qui les a fait tournoyer en sa fureur,
6.     lui qui fait trembler la terre hors de son lieu: ses colonnes chancellent.
7.     Il le dit au soleil: il ne brille plus; quant aux étoiles, il les scelle.
8.     Déployeur des ciels, lui seul, routier des tertres de la mer;
9.     faiseur de l’Ourse, d’Orion, des Pléiades et des chambres du Téimân;
10.     faiseur de grandeurs insondables, de prodiges sans nombre.
11.     Certes, il passe près de moi et je ne le vois pas !
Il se déplace, et je ne le discerne pas ! S’il ravit, qui le fera retourner ?
12.     Qui lui dira: « Que fais-tu ? »
13.     Eloha ne retourne pas sa fureur; les aides de Rahab s’inclinent sous lui.
14.     Moi-même, lui répondrai-je ?
Choisirai-je mes paroles contre lui ?
15.     Je ne répondrais pas, même si j’étais juste;
je demanderais grâce à mon juge.
16.     Si je criais, me répondrait-il ?
Non, je ne crois pas qu’il écouterait ma voix,
17.     lui qui dans la tempête m’a épié, multipliant mes blessures gratuites.
18.     Il ne me donne pas de reprendre mon souffle;
oui, il me rassasie d’amertumes.
19.     Si c’est par force, le voici, puissant.
Si c’est par un procès, qui m’assignera ?
20.     Si j’étais juste, ma bouche m’incriminerait.
Moi, intègre ? Il me tordrait.
21.     Moi, intègre ? Je ne connais pas mon être et rejette ma vie.
22.     C’est tout un ! Sur quoi je dis: il achève l’intègre avec le criminel !
23.     Un fléau met à mort soudain. Mais il se moque
de l’anéantissement des innocents !
24.     La terre est donnée aux mains du criminel.
Il couvre les faces de ses juges. Si ce n’est lui, qui donc ?

Les barges de phragmite

25.     Mes jours, plus légers qu’un coureur, fuient sans voir le bonheur.
26.     Ils s’esquivent sur des barges de phragmite,
comme le vautour fond sur sa proie.
27.     Si je dis: « J’oublierai mon épanchement,
j’abandonnerai mes faces et me contiendrai »,
28.     je m’épouvante de toutes mes peines et sais que tu ne m’innocentes pas.
29.     Moi-même je suis un criminel: pourquoi cela, peiner pour une fumée ?
30.     Si je me baigne aux eaux de neige, si j’épure mes paumes avec du savon,
31.     tu m’immerges au pourrissoir et mes tuniques m’ont en horreur.
32.     Non, il n’est pas un homme comme moi, pour que je lui réponde
et que nous allions ensemble au jugement.
33.     Il n’existe pas d’accusateur entre nous qui place sa main sur nous deux.
34.     Qu’il écarte de moi sa verge: son effroi ne me terrorisera pas !
35.     Je parlerai, je ne frémirai pas de lui.
Mais non ! je ne suis pas ainsi, moi-même !

Chapitre 10.

Je ne suis pas un criminel

1.     Mon être abhorre ma vie, je m’abandonne à mon épanchement,
et parle dans l’amertume de mon être.
2.     Je dis à Eloha: Ne m’incrimine pas;
fais-moi connaître en quoi tu me combats !
3.     Est-il bien pour toi d’opprimer ?
Oui, de rejeter la peine de tes paumes
et de te manifester au conseil des criminels ?
4.     As-tu des yeux de chair ? Vois-tu comme voit l’homme ?
5.     Tes jours sont-ils comme les jours des hommes ?
Tes années comme les jours d’un brave ?
6.     Oui, tu cherches mon tort et demandes ma faute.
7.     Or, à ta connaissance, je ne suis pas un criminel;
et plus, il n’est pas, contre ta main, de sauveteur.
8.     Tes mains m’ont façonné; elles m’ont fait en unité tout autour;
et tu m’engloutis !
9.     Souviens-toi donc de ce que tu m’as fait d’argile,
et que tu me feras retourner à la glèbe.
10.     Tu m’as trait comme du lait et coagulé comme un fromage.
11.     Tu m’as vêtu de peau, de chair; d’os et de nerfs, tu m’as couvert.
12.     Tu m’as fait vie et chérissement; ta sanction garde mon souffle.
13.     Et cela, tu le recèles dans ton coeur;
je le sais, oui, cela est avec toi:
14.     quand je faute, tu me surveilles et, de mon tort, ne m’innocentes pas.
15.     Si je suis criminel, mes alalas sont à moi.
Ou, justifié, je ne peux lever la tête,
rassasié de turpitude, voyeur d’humiliation.
16.     Si elle se redresse, comme un léopard tu me pourchasses;
tu retournes et fais prodige contre moi.
17.     Tu renouvelles tes hostilités contre moi,
et avec moi multiplies ton exaspération; avec moi assauts et corvées.
18.     Pourquoi m’as-tu fait sortir de la matrice ?
J’aurais agonisé; pas un oeil ne m’aurait vu.
19.     J’aurais été comme n’étant pas, transporté du ventre au sépulcre.
20.     Mes jours ne sont-ils pas un rien qui cesse ?
Place-toi loin de moi: je me contiendrai un peu,
21.     avant que je m’en aille sans retour
en la terre de ténèbre et d’ombremort,
22.     terre noire comme l’obscurité, d’ombremort sans ordre,
qui apparaît comme l’obscurité.

Chapitre 11.

Sophar à Iob

1.     Sophar le Na‘amati répond et dit:
2.     Le flot de paroles sera-t-il sans réponse ?
Ou l’homme aux lèvres a-t-il raison ?
3.     Tes exagérations font-elles taire les gens ?
Tu te moques; et nul ne dirait l’opprobre ?
4.     Tu dis: « Limpide est ma prise; j’ai été net à tes yeux. »
5.     Et pourtant, qui donnerait à Eloha de parler,
qu’il ouvre ses lèvres avec toi,
6.     qu’il te rapporte les arcanes de la sagesse;
oui, au redoublement de l’efficacité ?
Mais sache qu’Eloha, parmi les torts, en oublie !
7.     Trouveras-tu le tréfonds d’Eloha ?
Trouveras-tu jusqu’à la finalité de Shadaï ?
8.     Qu’en ferais-tu, hauteurs des ciels ?
Plus profonde que le Shéol, comment la connaîtrais-tu ?
9.     Sa mesure est plus longue que la terre, plus large que la mer.
10.     S’il se déplace, incarcère et rassemble, qui l’en détournerait ?
11.     Oui, s’il connaît l’évanescence humaine et voit la fraude,
ne discernerait-il pas ?
12.     L’homme creux serait-il incardié,
l’homme naîtrait-il en ânon sauvage ?

Ce sera l’espoir

13.     Et toi, si tu apprêtes ton coeur, et déploie les paumes vers lui;
14.     si tu éloignes de ta main la fraude et n’abrites pas la forfaiture en tes tentes,
15.     oui, tu porteras alors tes faces loin de toute tare;
tu seras cuirassé et ne frémiras pas.
16.     Oui, tu oublieras la peine et t’en souviendras comme d’eaux passées.
17.     Plus brillante que midi, la durée se lèvera;
l’obscurité sera comme un matin.
18.     tu seras en sécurité: oui, ce sera l’espoir.
Tu fouilleras et te coucheras en sécurité.
19.     Tu t’allongeras sans perturbateur; multiples, ils solliciteront tes faces.
20.     Les yeux des criminels s’épuisent; l’échappatoire est perdue pour eux.
Leur espoir est l’exhalaison d’être.

Chapitre 12.

Iob à Sophar

1.     Iob répond et dit:
2.     En vérité, oui, vous êtes peuple ! Avec vous meurt la sagesse !
3.     J’ai aussi un coeur, comme vous.
Moi-même, je ne suis pas inférieur à vous.
Qui n’a pas autant que ceux-là ?
4.     Je suis la risée de mon compagnon: « Criant vers Eloha, lui répond-il ? »
Une risée: « Un juste intègre ! »
5.     torche de mépris aux intentions des sereins,
prêt pour ceux dont le pied vacille.
6.     Les tentes des razzieurs sont paisibles,
sûre, celle de qui exaspère Él, et amène un Eloha dans sa main.
7.     Cependant, questionne donc les bêtes, elles te l’enseigneront;
le volatile des ciels, il te le rapportera.
8.     Ou épanche-toi avec la terre: elle te l’enseignera;
les poissons de la mer te le raconteront.
9.     Qui ne connaît tout cela ? Oui, la main de IHVH-Adonaï fait cela,
10.     lui qui a en sa main l’être de tout vivant,
le souffle de toute chair d’homme.

L’égaré et l’égareur

11.     L’oreille ne distingue-t-elle pas les mots ?
Le palais ne goûte-il pas la nourriture ?
12.     Aux vieillards la sagesse;
longueur des jours est discernement.
13.     Avec lui la sagesse, l’héroïsme; à lui le conseil, le discernement.
14.     Voici, il démolit, et ce ne sera pas rebâti;
il enferme l’homme: il ne sera pas libéré.
15.     Voici, il refrène les eaux; elles sèchent;
il les renvoie: elles bouleversent la terre.
16.     Avec lui l’énergie, l’efficacité, à lui l’égaré et l’égareur.
17.     Il fait aller les conseillers dans l’égarement et aliène les juges.
18.     Il délie les entraves des rois et lie l’alganon à leurs hanches.
19.     Il fait aller les desservants dans l’égarement, et renverse les puissants.
20.     Il retire la lèvre des orateurs, et confisque le goût des vieillards.
21.     Il répand le mépris sur les notables, et détache la ceinture des agresseurs.
22.     Il découvre les profondeurs de la ténèbre,
et sort, à la lumière, l’ombremort.
23.     Il rend prospère les nations et les perd; il piège les peuples et les attrape.
24.     Il retire le coeur des chefs du peuple de la terre,
et les fait vaguer dans un tohu sans route.
25.     Ils palpent la ténèbre, non pas la lumière;
il les fait divaguer comme l’ivrogne.

Chapitre 13.

Des cuirasses d’argile

1.     Certes ! mon oeil a tout vu, mon oreille a entendu; elle l’a discerné.
2.     Ce que vous pénétrez, je le pénètre aussi.
Moi-même, je ne suis pas inférieur à vous.
3.     Pourtant, c’est à Shadaï que je parlerai: je désire admonester Él !
4.     Et pourtant, vous, plâtriers du mensonge ! Médecins d’idoles, vous tous !
5.     Qui donnera de vous faire taire, taire ? Ce serait pour vous sagesse !
6.     Entendez donc mon exhortation;
soyez attentifs aux combats de mes lèvres.
7.     Est-ce à Él que vous parlez de duperie ?
À lui que vous parlez de forfaiture ?
8.     Portez-vous ses faces, quand vous plaidez pour Él ?
9.     Serait-il bon qu’il vous sonde, quand vous le bafouez
comme vous bafouez l’humain ?
10.     Il vous admonestera, il vous admonestera,
si en secret vous portez des faces.
11.     Son effroi ne vous terrorise-t-il pas ?
Son tremblement ne tombe-t-il pas sur vous ?
12.     Vos souvenirs sont des exemples de cendre;
vos cuirasses, des cuirasses d’argile.
13.     Taisez-vous devant moi; moi je parlerai !
M’advienne que pourra !
14.     Pourquoi porter ma chair entre mes dents
et mettre mon être sur ma paume ?
15.     Voici, il peut me tuer. Je l’espère: ah ! prouver mes routes en face de lui !
16.     Cela sera aussi mon salut, car l’hypocrite ne vient pas en face de lui.
17.     Entendez, entendez mon mot, mon énoncé, de vos oreilles !
18.     Voici donc, j’ai préparé le jugement. Je le sais, oui, j’ai raison.
19.     Qui plaiderait contre moi ?
Oui, maintenant je me tairais et j’agoniserais.
20.     Mais ces deux-là, ne les fais pas contre moi.
Alors, en face de toi, je ne me voilerai pas.
21.     Éloigne de moi ta paume, et de ton effroi ne me terrorise pas !
22.     Crie, je répondrai moi-même. Ou je parlerai et tu me répliqueras.
23.     Combien ai-je de torts, de fautes ?
Mes carences, mes fautes, fais-les-moi connaître.
24.     Pourquoi voileras-tu tes faces ?
Me comptes-tu pour ton ennemi ?
25.     Tu fais trembler une feuille cinglée et poursuis une paille sèche.
26.     Oui, tu as écrit contre moi avec amertume;
tu m’as légué mes torts de jeunesse.
27.     Tu mets mes pieds aux brancades et surveilles toutes mes voies;
tu notes les racines de mes jambes.
28.     Lui s’use comme une carie, comme un habit qui mange la mite.

Chapitre 14.

Comme une ombre

1.     L’humain, natif de la femme, bref en jours mais rassasié de tourment,
2.     comme un bourgeon éclos se fauche.
Il fuit comme une ombre, sans arrêt.
3.     Sur cela aussi, tu as dessillé tes yeux;
mais moi, tu me fais venir en jugement contre toi !
4.     Qui donne du pur avec du contaminé ? Personne !
5.     Puisque ses jours sont fixés,
le nombre de ses lunaisons dépend de toi.
Tu fais ses lois, il ne les transgresse pas.
6.     Détourne-toi de lui, il cesse,
jusqu’à ce qu’il veuille, tel un salarié, finir sa journée.
7.     Oui, l’espoir existe pour l’arbre,
s’il est tranché, il change encore, son surgeon ne disparaît pas.
8.     Si sa racine vieillit en terre, son tronc périt dans la poussière.
9.     Mais il hume les eaux, refleurit, et fais moisson comme un plant.
10.     Un brave meurt, il faiblit; l’humain agonise: où est-il ?
11.     Les eaux de la mer s’épuisent; le fleuve tarit, il est sec.
12.     L’homme se couche et ne se relève pas.
Jusqu’aux non-ciels ils ne se ranimeront pas;
ils ne s’éveilleront pas de leur sommeil.
13.     Qui donnera que tu me recèles au Shéol,
que tu me voiles jusqu’au reflux de ta fureur ?
Fixe pour moi une loi, un délai; souviens-toi de moi !
14.     Si le brave meurt, revit-il ?
Tous les jours de ma corvée, j’attends l’arrivée de ma mutation.
15.     Tu crieras, et je te répondrai moi-même;
tu languiras après l’oeuvre de tes mains.
16.     Mais maintenant tu comptes mes pas; tu n’épargnes pas mes fautes.
17.     Ma carence scellée dans une bourse, tu plâtres mon tort.
18.     Et pourtant une montagne tombe, elle s’érode;
le roc est muté loin de son lieu.
19.     Les eaux corrodent les pierres, leur flux inonde la poussière de la terre;
mais l’espoir de l’homme, tu le fais périr.
20.     Tu l’attaques avec persistance: il s’en va;
tu changes ses faces et le renvoies.
21.     Ses fils sont glorieux, il ne le sait pas;
ils se rabougrissent, il ne le discerne pas.
22.     Mais sa chair contre lui s’endolorit; son être contre lui s’endeuille.

Chapitre 15.

Èliphaz à Iob

1.     Èliphaz le Téimani répond et dit:
2.     Le sage répond-il par la pénétration du souffle ?
Remplit-il sont ventre de simoun ?
3.     Exhorte-t-il par une parole sans valeur, par des mots inutiles ?
4.     Mais toi, tu annules le frémissement;
tu supprimes l’épanchement en face d’Él.
5.     Oui, ton tort a dompté ta bouche; tu as choisi la langue des rusés.
6.     Ta bouche t’incrimine, non pas moi; tes lèvres répondent contre toi.
7.     Es-tu né le premier des humains ? as-tu été conçu avant les collines ?
8.     Entends-tu le tréfonds d’Eloha ? as-tu accaparé la sagesse ?
9.     Que savais-tu que nous ne sachions ?
que discernes-tu, qui ne soit avec nous ?
10.     Parmi nous il y a même un vétéran, même un vieillard,
plus grand en jours que ton propre père.
11.     Est-ce peu pour toi, ces réconforts d’Él, la parole qui te ménage ?
12.     Où t’emporte ton coeur ? Où clignent les yeux ?
13.     Oui, tu retournes ton souffle contre l’Él;
tu fais sortir de ta bouche des mots.
14.     L’homme, qu’est-il, pour être purifié ?
Oui, pour avoir raison, le natif de la femme ?
15.     Voici, il n’adhère pas à ses êtres sacrés;
les ciels ne sont pas purifiés à ses yeux.
16.     Et moins encore l’abominable, le corrompu,
l’homme qui boit, comme de l’eau, la forfaiture.

Les soupçons d’Èliphaz

17.     Je l’énonce pour toi, entends-moi; j’ai contemplé cela, je le raconte,
18.     ce que les sages rapportent, ne l’ayant pas biffé chez leurs pères.
19.     La terre a été donnée à eux seuls; l’étranger ne passe pas au milieu d’eux.
20.     Lui, le criminel, se convulse tous les jours;
les années du tyran sont enfouies en nombre.
21.     La voix des peurs en ses oreilles, le pillard vient en paix contre lui.
22.     Il ne croit pas ressurgir de la ténèbre, lui, guetté par l’épée.
23.     Il erre pour du pain: « Où donc ? »
Il le sait: oui, dans sa main, le jour de ténèbre est prêt.
24.     La détresse, le harcèlement le terrorisent;
Ils l’agressent comme un roi prêt à l’assaut.
25.     Oui, il tend sa main contre Él; il se renforce contre Shadaï.
26.     Il court contre lui le col haut,
sous l’épaisseur de la cuirasse de ses boucliers.
27.     Oui, il couvre ses faces de graisse; il fabrique l’adiposité de sa bedaine.
28.     Il demeure dans des villes supprimées,
dans des maisons inhabitées, vouées aux galgals.
29.     Il ne s’enrichit pas, sa valeur ne se lève pas;
il n’étale pas son gain sous terre.
Il ne s’écarte pas de la ténèbre;
30.     La flamme dessèche son surgeon.
Il est écarté par le souffle de sa bouche.
31.     Qu’il n’adhère pas à la vanité où il a divagué:
oui, la vanité sera son avatar.
32.     Sans que son jour soit rempli, sa palme n’est pas luxuriante.
33.     Il gâte, comme une vigne, son verjus;
il rejette, comme un olivier, son scintillement.
34.     Oui, la communauté de l’hypocrite est bréhaigne;
le feu dévore les tentes à pots-de-vin,
35.     Il engrosse le labeur et enfante la fraude; leur ventre prépare la duperie.

Chapitre 16.

Iob à Èliphaz

1.     Iob répond et dit:
2.     J’en ai entendu bien des pareilles, vous tous, consolateurs de misère !
3.     « Est-ce la fin des paroles de vent ? »
Ou bien: « Qu’est-ce qui t’incite à répondre ? »
4.     Moi-même aussi je parlerais comme vous, si vous étiez à ma place.
Je composerais pour vous des mots et hocherais de la tête sur vous.
5.     Mais je vous réconforterais de ma bouche,
et la moue de ma lèvre vous ménagerait.
6.     Si je parle, ma douleur ne sera pas ménagée.
Si je cesse, rien ne s’en ira de moi.
7.     Seulement, maintenant, il m’excède:
tu as exterminé toute ma compagnie;
8.     tu m’as ridé, ma maigreur en est témoin;
elle se lève en moi, et devant moi répond.
9.     Sa fureur me déchire, il me dénonce et gronde des dents contre moi.
Mon oppresseur darde ses yeux contre moi.
10.     Ils béent de leur bouche contre moi;
en flétrissure, ils frappent ma joue; ensemble, contre moi, ils s’amassent.
11.     Él m’a enfermé chez le félon; il m’a précipité aux mains des criminels.
12.     J’étais paisible, il me broie, me saisit par ma nuque, me désagrège,
et me relève en cible pour lui.
13.     Ses archers m’entourent; il transperce mes reins sans compatir;
il répand à terre ma bile.
14.     Il fait brèche en moi, brèche contre brèche,
et court vers moi comme un héros.
15.     J’ai cousu un sac sur mon épiderme; je taraude de ma corne la poussière.
16.     Ma face est effervescente de pleurs, l’ombremort sur mes paupières,
17.     pour non-violence en ma paume, et ma prière pure !
18.     Terre, ne recouvre pas mon sang !
Qu’il n’y ait pas de lieu pour cacher ma clameur !
19.     Maintenant aussi, voici mon témoin dans les ciels,
mon testateur dans les hauteurs.
20.     Mes médiateurs, mes compagnons, mon oeil coule pour Eloha !
21.     Qu’il tranche entre l’homme et Eloha,
entre le fils d’Adâm et son compagnon !
22.     Oui, des années comptées viennent;
je vais sur la voie d’où je ne reviendrai pas.

Chapitre 17.

Où donc est mon espoir ?

1.     Mon souffle abîmé, mes jours éteints, à moi les sépultures !
2.     N’est-ce pas, les sarcasmes avec moi ?
Mon oeil nuite dans leurs amertumes.
3.     Mets-le donc et garantis-moi toi-même: qui d’autre me topera la main ?
4.     Oui, tu as fermé leur coeur à la perspicacité. Aussi, que nul ne se lève !
5.     Il annonce: « Au partage, compagnons: »
Mais les yeux de ses fils sont épuisés.
6.     Il m’expose en fable aux peuples; je suis un crachat sur une face.
7.     Mon oeil se ternit d’exaspération;
mes membres sont tous comme une ombre.
8.     Les êtres équitables se désolent de cela;
l’innocent contre l’hypocrisie s’éveille.
9.     Le juste étreint sa route; le pur-des-mains persévère dans la fermeté.
10.     Pourtant, tous, retournez, venez donc !
Mais je ne trouve pas parmi vous de sage.
11.     Mes jours, mes initiatives: passés !
Les héritages de mon coeur sont tranchés !
12.     Ils prennent la nuit pour le jour
­ « La lumière est proche ! » ­ face à la ténèbre !
13.     Si j’espère, le Shéol est ma maison; dans la ténèbre, j’étends mon matelas !
14.     Je crie à la fosse: « Toi, mon père ! »;
« Ma mère ! Ma soeur ! » à la putréfaction.
15.     Où donc est mon espoir ? Mon espoir, qui l’aperçoit ?
16.     Aux mains du Shéol il descendra,
quand, ensemble, nous reposerons dans la poussière.

Chapitre 18.

Bildad à Iob

1.     Bildad le Shouhi répond et dit:
2.     Jusqu’à quand mettrez-vous des triques aux mots ? Discernez, nous parlerons ensuite.
3.     Pourquoi sommes-nous considérés
comme des bêtes contaminées à vos yeux ?
4.     Il lacère son être en sa fureur !
Pour toi, la terre serait-elle abandonnée ?
le roc bougerait-il de son lieu ?
5.     La lumière du criminel vacille aussi, il ne fulgure pas, le brasier de son feu.
6.     Dans sa tente, la lumière enténèbre; sa lampe vacille devant lui.
7.     Ses pas virils sont dans la détresse, et son conseil l’exclut.
8.     Oui, il s’envoie, de ses pieds, dans un filet; il chemine dans un traquenard.
9.     Un piège le saisit au talon; il renforce contre lui les traquets.
10.     Sa corde est enfouie en terre, sa trappe sur le chemin.
11.     Autour, des démons le terrorisent, et mettent en déroute ses pieds.
12.     Sa virilité est affamée, la calamité prête à son côté.
13.     Il mange les tissus de sa peau; il mange ses tissus, l’aîné de la mort.
14.     Il est arraché à sa tente, à sa sécurité; et défile devant le roi des démons.
15.     Elle demeure dans sa tente sans lui; le soufre se répand dans son oasis.
16.     Ses racines sèchent dessous, et dessus sa moisson fane.
17.     Son souvenir périt sur terre, sans nom pour lui en face du dehors.
18.     Il est bouté de la lumière dans la ténèbre, et il erre hors du monde.
19.     Pas d’arrière-petit-fils pour lui, pas de petit-fils en son peuple;
pas de rescapé en ses résidences.
20.     Les Occidentaux se désolent contre son jour;
les Levantins sont saisis d’horreur.
21.     Mais les voilà, les demeures du forfait ! Voici le lieu d’Él-connaît-pas !

Chapitre 19.

La réponse de Iob

1.     Iob répond et dit:
2.     Jusqu’à quand affligerez-vous mon être, m’accablerez-vous par des mots ?
3.     Voilà dix fois que vous m’outragez !
Ne blêmissez-vous pas de m’aliéner ?
4.     Si même je me suis égaré, mon égarement nuite en moi.
5.     En vérité, contre moi vous triomphez,
et arguez contre moi de ma flétrissure.
6.     Sachez-le, cependant, oui, Eloha m’a fait du tort.
Il m’a enfermé dans sa trappe.
7.     Voici, je crie violence, mais pas de réponse;
j’appelle, mais pas de jugement.
8.     Il a clôturé ma voie en impasse pour moi,
et mis la ténèbre en mes chemins.
9.     Il m’a dévêtu de ma gloire, il a écarté le nimbe de ma tête.
10.     Il a tout démoli autour de moi et je vais...
Il a abattu mon espoir comme un arbre.
11.     Sa fureur brûle contre moi;
il me compte pour lui comme un de ses adversaires.
12.     Ses troupes viennent ensemble, frayent leurs routes contre moi,
et campent autour de ma tente.
13.     Il éloigne de moi mes frères; mes connaissances mêmes me sont étrangères.
14.     Mes proches ont disparu, mes connaissances m’oublient.
15.     Les résidents de ma maison, mes servantes, me comptent pour étranger;
je suis un métèque à leurs yeux.
16.     Je crie vers mon serviteur: il ne répond pas. De ma bouche, je le supplie.
17.     Mon souffle est étranger même à ma femme;
ma grâce aux fils de mon ventre.
18.     Même les nourrissons me rejettent; je me lève; ils parlent contre moi.
19.     Ils m’abominent tous, les mortels de mon intimité;
ceux que j’aime se sont retournés contre moi.
20.     Mes os collent à ma peau, à ma chair;
je m’échappe, avec la peau de mes dents.
21.     Graciez-moi, graciez-moi, vous, mes compagnons !
Oui, la main d’Eloha m’a touché.
22.     Pourquoi me pourchassez-vous comme Él ?
De ma chair, n’êtes-vous pas rassasié ?
23.     Oui, qui donnera que mes mots soient écrits ?
Qui donnera qu’ils soient gravés sur une stèle ?
24.     Avec un stylet de fer et de plomb, qu’ils soient à jamais gravés dans le roc !
25.     Et moi, je le sais, mon racheteur est vivant.
En dernier, il se lèvera sur la poussière.
26.     Derrière ma peau, ils ont buriné cela; dans ma chair, je contemple Eloha.
27.     Ce que, moi, je contemple en moi, mes yeux le voient, pas un étranger.
Mes reins se consument en mon sein.
28.     Oui, vous dites: « Il n’est pas persécuté par lui »
et: « La racine du propos se trouve en moi. »
29.     Épouvantez-vous en face de l’épée:
oui, les torts de l’épée sont du venin, afin que vous connaissiez Shadoun.

Chapitre 20.

Sophar à Iob

1.     Sophar le Na‘amati répond et dit:
2.     Ainsi mes inquiétudes me font répliquer,
car mon sens est en moi.
3.     J’ai entendu la correction avec opprobre,
mais le souffle de mon discernement me répond.
4.     Sais-tu cela depuis toujours,
depuis qu’il a mis l’humain sur terre:
5.     oui, la jubilation des criminels est éphémère,
la joie de l’hypocrite fugitive ?
6.     Que sa cime monte aux ciels, que sa tête atteigne le nuage,
7.     comme sa crotte, il périt à jamais,
et ceux qui le voyaient disent: « Où est-il ? »
8.     Il s’envole comme un rêve; ils ne le trouvent plus.
Il erre comme le songe d’une nuit.
9.     L’oeil le mire, mais ne continue pas; son lieu ne l’aperçoit plus.
10.     Ses fils indemniseront les miséreux; ses mains restitueront sa fortune.
11.     Ses ossements, pleins de jeunesse, se couchent avec lui dans la poussière.
12.     Quand le mal est doux à sa bouche, il le déguste sous sa langue,
13.     s’en attendrit, ne le quitte pas, et ne le retient dans son palais.
14.     Mais son pain se gâte dans ses viscères, un venin de cobra en ses entrailles.
15.     La valeur engloutie, il la vomit, et l’évacue de son ventre.
16.     il tétait de la bave de cobra, la langue de l’aspic le tue.
17.     Il ne voit pas les canaux, ni les torrents de miel et de beurre.
18.     Il restitue sa turpitude sans l’engloutir.
Telle valeur, telle restitution ! Mais il n’exulte pas !

L’arc de bronze

19.     Oui, il brise et abandonne des miséreux;
il cambriole la maison au lieu de la bâtir.
20.     Il ne connaît pas d’apaisement à son ventre;
rien n’échappe à sa convoitise.
21.     Pas de reste à sa nourriture !
Aussi son bien ne dure pas.
22.     En pleine abondance, il est dans l’angoisse;
la main de toute peine s’abat sur lui.
23.     Et c’est à remplir son ventre, il envoie contre lui
la brûlure de sa fureur, et déverse son arsenal.
24.     Il fuit l’arme de fer, mais l’arc de bronze le remplace.
25.     Dégainée, la flèche lui sort du dos,
l’éclair s’en va par sa bile. À lui les effrois !
26.     Toute la ténèbre enfouit ce qu’il recèle;
un feu que nul ne souffle le dévore et saccage les vestiges de sa tente.
27.     Les ciels découvrent son tort, et la terre se dresse contre lui.
28.     La récolte s’exile de sa maison, aux jaillissements du jour de sa fureur.
29.     Voilà, d’Elohîms, la part de l’homme criminel, sa possession au dire d’Él.

Chapitre 21.

Iob répond

1.     Iob répond et dit:
2.     Entendez, entendez mon mot, ce sera votre réconfort !
3.     Supportez-moi ! Moi-même je parlerai.
Après mes paroles, moque-toi de moi !
4.     Moi-même, est-il contre un homme, mon épanchement ?
Pourquoi donc mon souffle ne serait-il pas impatient ?
5.     Faites-moi face, résolvez-vous, et mettez votre main sur la bouche.
6.     Quand je me souviens, je m’affole; ma chair est saisie d’horreur.
7.     Pourquoi les criminels vivent-ils ?
Ils réussissent, et même augmentent leur puissance.
8.     Leur semence s’affermit en face d’eux;
avec eux leurs rejetons sous leurs yeux.
9.     Leurs maisons en paix, sans trembler,
la verge d’Eloha n’est pas contre eux.
10.     Son taureau saillit et n’est pas sans féconder;
sa vache met bas sans avorter.
11.     Ils envoient comme des ovins leur marmaille, et leurs enfants dansent.
12.     Ils s’élancent au tambour, à la lyre, et se réjouissent à la voix de la viole.
13.     Leurs jours s’achèvent dans le bien;
mais en un instant au Shéol ils s’effarent.
14.     Ils disent à Él: « Écarte-toi de nous !
Nous ne désirons pas connaître tes routes.
15.     Qu’est-il, Shadaï, pour que nous le servions ?
À quoi sert-il de l’importuner ? »
16.     Voici, leur bonheur n’est pas en leur main.
Loin de moi, le conseil des criminels !
17.     Quand la lampe des criminels vacillera-t-elle ?
Quand leur calamité fondra-t-elle sur eux ?
Quand leur impartira-t-il leurs douleurs en sa fureur ?
18.     Quand seront-ils comme une paille face au souffle;
comme la glume, que l’ouragan fait voler ?
19.     Eloha réserve son châtiment à ses fils. Il le paiera et il le sait !
20.     Ses yeux verront-ils son méchef ? Boiront-ils la fièvre de Shadaï ?
21.     Oui, quel désir a-t-il de sa maison après lui ?
Ou du nombre de ses lunaisons amputées ?
22.     Apprendrait-il à Él la connaissance ? Et lui, jugerait-il les hauteurs ?

Fumée !

23.     Un tel meurt dans l’os de son intégrité, tout serein, apaisé.
24.     Ses pis sont remplis de lait; la moelle de ses os jute.
25.     Et un tel meurt, l’être amer, sans avoir goûté au bonheur.
26.     Mais, ensemble, ils se couchent dans la poussière,
et la putréfaction les couvre.
27.     Voici, je connais vos pensées,
les intentions avec lesquelles vous me violentez !
28.     Oui, vous dites: « Où est la maison du bienfaiteur ?
Où la tente, les demeures du criminel ? »
29.     N’interrogez-vous pas les passants de la route ?
Leurs signes, ne les repoussez pas.
30.     Oui, au jour de calamité le malfaiteur est épargné;
au jour des emportements, ils sont préservés.
31.     Qui lui opposera sa route en face ? Il agit: qui le paiera ?
32.     Lui, il est transporté dans les sépultures; dans un mausolée, il veille.
33.     Que les mottes du terrain lui soient douces !
Après lui, tout homme sera happé,
et avant lui, sans nombre.
34.     Comment me réconfortez-vous ?
Fumée ! Vos réponses restent une tricherie !

Chapitre 22.

Èliphaz à Iob

1.     Èliphaz le Téimani répond et dit:
2.     Le brave est-il utile à Él ?
Non, mais utile à lui-même le perspicace !
3.     Quel désir Shadaï a-t-il que tu sois juste ?
Ou quel profit que tu rendes tes routes intègres ?
4.     Est-ce parce qu’il frémit de toi qu’il t’exhorte
et viendrait contre toi en jugement ?
5.     Ton mal n’est-il pas immense, sans fin à tes torts ?
6.     Oui, tu as pris les cautions de ton frère gratuitement;
tu as arraché les guenilles d’hommes nus.
7.     Tu n’as pas abreuvé d’eau l’assoiffé; tu as refusé le pain à l’affamé.
8.     À l’homme fort, tu as livré la terre;
et celui dont les faces sont préférées y habite.
9.     Tu as renvoyé les veuves à vide, les bras des orphelins accablés.
10.     Ainsi autour de toi sont des pièges; et le tremblement t’affole, soudain.
11.     Ou bien, dans la ténèbre, tu ne verras pas;
et la surabondance des eaux te couvrira.
12.     Eloha n’est-il pas au zénith des ciels ?
Il voit la tête des étoiles les plus hautes.
13.     Mais tu dis: « Que connaît-il, Él ? Juge-t-il derrière le brouillard ?
14.     Les nébulosités sont pour lui en voile.
Il ne voit pas, mais chemine au cercle des ciels. »
15.     Gardes-tu la voie de pérennité que foulent les hommes de fraude,
16.     emportés avant l’heure, un fleuve ayant inondé leurs fondations ?
17.     Ils disent à Él: « Écarte-toi de nous ! Que nous ferait-il, Shadaï ? »
18.     Or lui-même remplit leurs maisons de bien.
Loin de moi, le conseil des criminels !
19.     Les justes le voient et se réjouissent; l’innocent se moque d’eux:
20.     « Soit ! notre ennemi a été éliminé ! Le feu a dévoré leur reste ! »

La lumière fulgurera

21.     Sois utile pour lui et dans la paix ! Ainsi le bonheur reviendra vers toi.
22.     Prends donc la tora de sa bouche; mets ses dits dans ton coeur.
23.     Si tu retournes à Shadaï, tu seras bâti;
tu éloigneras la forfaiture de ta tente.
24.     Place ton aloi dans la poussière; au roc des torrents l’Ophir.
25.     Shadaï sera ton aloi aux envols d’argent.
26.     Oui, tu te délecteras alors de Shadaï; tu porteras tes faces vers Eloha !
27.     Tu intercéderas auprès de lui. Il t’entendra, et tu acquitteras tes voeux.
28.     Tu trancheras le dire: il se réalisera pour toi;
et sur tes routes la lumière fulgurera.
29.     Quand ils sont rabaissés, dis: « Enorgueillis-toi ! »
Il sauve ceux dont les yeux sont baissés.
30.     Il délivrera le non-innocent;
délivré grâce à la transparence de tes paumes.

Chapitre 23.

Discours de Iob

1.     Iob répond et dit:
2.     Aujourd’hui encore mon discours est amer;
ma main s’appesantit sur mon gémissement.
3.     Qui donnerait que je sache où le trouver ?
Je viendrais jusque dans son intimité.
4.     Je préparerais le procès en face de lui;
je remplirais ma bouche d’admonestation.
5.     Je connaîtrais les mots qu’il me répondra; je discernerais ce qu’il me dira.
6.     Me combattra-t-il de toute sa force ? Non !
Ah ! lui-même se mettra en moi !
7.     Là, l’homme droit serait présent devant lui;
et j’échapperais à jamais à mon châtiment.
8.     Mais voici, je vais devant, il n’est pas; derrière, je ne le discerne pas.
9.     À gauche, quand il agit, je ne le contemple pas;
il s’enveloppe à droite, je ne le vois pas.
10.     Oui, il connaît la route qui est en moi.
Qu’il m’examine; je sortirai comme de l’or.
11.     Mon pied s’est pris dans sa marche. Je garde sa route et ne dévie pas.
12.     Je ne me soustrais pas à l’ordre de ses lèvres;
Plus que ma loi, je recèle les dires de sa bouche.
13.     Mais lui est tout un: qui le ferait retourner ? Son être désire et agit.
14.     Oui, il accomplit mon destin; de pareilles sont nombreuses avec lui.
15.     Sur quoi je m’affole devant ses faces; je discerne et tremble devant lui.
16.     Él amollit mon coeur; Shadaï m’affole.
17.     Non, je ne suis pas anéanti en face de la ténèbre;
mais il a recouvert mes faces d’obscurité.

Chapitre 24.

Des onagres au désert

1.     Pourquoi, par Shadaï, des temps ne sont-ils pas réservés ?
Ses initiés ne contemplent pas ses jours.
2.     Ils reculent les frontières, ils raflent le troupeau et le font pâturer.
3.     Ils conduisent l’âne des orphelins;
ils prennent en caution le boeuf de la veuve.
4.     Ils se détournent de la route, les pauvres;
les humiliés de la terre se cachent ensemble.
5.     Voici, des onagres au désert: ils sortent au travail, en quête d’une proie.
La steppe est pour eux le pain des jeunes.
6.     Aux champs ils moissonnent leur pitance;
ils grappillent le vignoble du criminel.
7.     Ils nuitent nus, sans vêtement, sans couverture contre le gel.
8.     Ils sont trempés par la trombe des montagnes;
sans abri, ils étreignent le roc.
9.     Ils volent l’orphelin sur le sein, et le prennent pour caution de l’humilié.
10.     Nus, ils les font aller sans vêtement; affamés, ils portent des gerbes.
11.     Entre leurs murettes ils écrasent les olives
et foulent au pressoir; mais ils ont soif.
12.     De la ville, des mortels gémissent, l’être des victimes appelle.
Mais Eloha n’y met pas de fadeur.
13.     Ils sont révoltés contre la lumière; ils ne reconnaissent pas ses routes
et n’habitent pas ses chemins.
14.     Avant la lumière, le tueur se lève, il assassine l’humilié et le pauvre.
La nuit, il est comme le voleur.
15.     L’oeil de l’adultère épie le crépuscule pour dire:
« Pas un oeil ne me fixe ! » Il met un voile sur ses faces.
16.     Dans la ténèbre, il fracture les maisons.
De jour, ils se bouclent et ne connaissent pas la lumière.
17.     Oui, le matin est, pour eux ensemble, d’ombremort;
oui, il ne reconnaît que les affolements d’ombremort.
18.     Il flotte sur les faces des eaux; leur parcelle est maudite sur terre.
Il ne fraye pas de route aux vignobles.
19.     Le reg, la chaleur aussi, ravissent les eaux de neige,
comme le Shéol les fauteurs.
20.     La matrice l’oublie, la putréfaction s’en délecte;
nul ne se souvient plus de lui.
La forfaiture se brise comme un arbre.
21.     Il pâture la stérile qui n’a pas enfanté, et n’est pas bon pour la veuve.
22.     Il entraîne les meneurs par sa force, il se lève et n’adhère pas à la vie.
23.     Il lui donne la sécurité où il s’appuie, ses yeux sur leurs routes.
24.     Ils s’élèvent un peu, puis ne sont plus; ils s’écroulent comme tous.
Ils sautent, fauchés comme la tête d’un épi.
25.     S’il n’en est pas ainsi, qui me détrompera, réduisant à rien mon mot ?

Chapitre 25.

Bildad à Iob

1.     Bildad le Shouhi répond et dit:
2.     À lui de gouverner et de faire trembler,
le faiseur de paix dans ses hauteurs !
3.     Existe-t-il un nombre à ses troupes ?
Sur qui ne lève-t-elle pas, sa lumière ?
4.     En quoi l’homme aurait-il raison contre Él ?
Et qui innocenterait le natif de la femme ?
5.     Voici, même la lune n’auréole pas toujours;
les étoiles ne sont pas nettes à ses yeux.
6.     Bien moins encore l’humain, une putréfaction !
Le fils d’Adâm, un ver !

Chapitre 26.

Les fantômes se convulsent

1.     Iob répond et dit:
2.     Quoi, tu veux aider sans force ! sauver le bras dépourvu d’énergie !
3.     Que conseilles-tu sans sagesse ?
Quelle efficacité fais-tu connaître à la multitude ?
4.     À qui rapportes-tu les mots ? L’haleine de qui sort-elle de toi ?
5.     Les fantômes se convulsent sous les eaux, et ceux qui y demeurent.
6.     Le Shéol est nu contre lui; pas de couverture en Abadôn !
7.     Il étend le Septentrion sur le tohu; il suspend la terre sur rien.
8.     Il enserre les eaux dans ses nébulosités, et la nuée n’en crève pas.
9.     Il masque les faces de la pleine lune, et y déploie sa nuée.
10.     Il trace un cercle sur les faces des eaux,
jusqu’au confluent de la lumière et de la ténèbre.
11.     Les colonnes des ciels vacillent; à sa menace, elles s’étonnent.
12.     En sa force, il dompte la mer; en son discernement, il broie Rahab.
13.     En son souffle, les ciels sont harmonie:
sa main a transpercé le Serpent fuyard.
14.     Voici, ce sont là les bouts de ses routes.
Quel brin de parole y entendons-nous ?
Qui discerne le tonnerre de ses puissances ?

Chapitre 27.

L’espoir de l’hypocrite

1.     Iob continue à porter son exemple et dit:
2.     Vive Él qui a rejeté mon droit ! Shadaï a rendu mon être amer !
3.     Mais tant que mon haleine sera en moi, le souffle d’Eloha en ma narine,
4.     mes lèvres ne parleront pas avec forfaiture;
ma langue ne murmurera pas de duperie.
5.     Profanation ! Je ne vous donnerai pas raison jusqu’à ce que j’agonise.
Je ne rejetterai pas loin de moi mon intégrité.
6.     J’ai étreint ma justification, je ne la lâcherai pas;
mon coeur n’a pas été flétri par mes jours.
7.     Que mon ennemi soit comme le criminel;
et comme le félon mon agresseur !
8.     Oui, quel est l’espoir de l’hypocrite quand il triche,
quand Eloha pacifie son être ?
9.     Sa clameur, l’entend-il, Él, quand la détresse vient contre lui ?
10.     Se délecte-t-il en Shadaï ? Crie-t-il vers Eloha en tout temps ?
11.     Je vous enseignerai ce qu’est la main d’Él;
ce qui est avec Shadaï, je ne le célerai pas.
12.     Voici, vous tous vous le contemplez:
pourquoi cela, la fumée dont vous vous enfumez ?
13.     Telle est la part de l’homme criminel envers Él;
la possession que les tyrans extirpent de Shadaï.
14.     Quand ses fils se multiplient, c’est pour l’épée;
ses rejetons ne se rassasient pas de pain.
15.     Ses rescapés sont ensevelis dans la mort; ses veuves ne pleurent pas.
16.     Quand il accumule l’argent comme de la poussière,
quand il entasse, comme d’argile, sa vêture,
17.     il prépare, mais le juste se revêt; l’innocent reçoit l’argent.
18.     Il s’est bâti comme une maison de mite,
semblable à la cabane faite pour un veilleur.
19.     Il se couche riche, mais n’est pas ajouté; il dessille ses yeux et n’est plus.
20.     Les affolements l’atteignent comme des eaux; l’ouragan le vole de nuit.
21.     Le vent du levant le porte; il va en tempête loin de son lieu.
22.     Ils tirent contre lui sans compassion;
il s’enfuit, s’enfuit, loin de leurs mains.
23.     Ils claquent de leurs paumes contre lui; ils sifflent contre lui de son lieu.

Chapitre 28.

Où se trouve la sagesse ?

1.     Oui, l’argent a une origine; l’or, un lieu où il se raffine.
2.     Le fer est pris de la glèbe, de la pierre d’où coule du bronze.
3.     Il met fin à la ténèbre;
il scrute toute fin, la pierre, l’obscurité, l’ombremort.
4.     Il fait une brèche pour un torrent,
loin de toute résidence, oublié de tout pied,
du plus misérable des hommes errants.
5.     Terre d’où sort le pain,
mais sous laquelle le bouleversement est comme un feu.
6.     Lieu dont les pierres sont du saphir, avec des poussières d’or.
7.     Chemin que l’aigle ne connaît pas, que l’oeil de la buse ne mire pas.
8.     Les petits des fauves n’y cheminent pas; le léonin n’y est pas accoutumé.
9.     Il envoie sa main contre le silex
et bouleverse en leurs racines les montagnes.
10.     Dans les rocs, il fend des Ieors; son oeil voit tout ce qui est précieux.
11.     Il sonde le cours des fleuves,
et ce qui est enfoui, il le fait sortir à la lumière.
12.     Mais la sagesse, où se trouve-t-elle ? Où donc ce lieu du discernement ?
13.     L’homme ne peut en connaître la valeur;
elle ne se trouve pas sur la terre des vivants.
14.     L’abîme dit: « Elle n’est pas en moi. » La mer dit: « Pas chez moi ! »
15.     L’or pur ne se donne pas contre elle;
contre son prix l’argent ne se pèse pas.
16.     Elle ne se troque pas avec l’or d’Ophir, avec l’onyx précieux ni le saphir.
17.     Elle ne se compare pas avec de l’or ni du verre;
nul objet d’or ne s’échange contre elle.
18.     Corail, cristal ne sont pas évoqués.
Saisir la sagesse plutôt que des perles !
19.     La topaze de Koush ne la vaut pas;
elle ne se troque pas avec du vermeil pur.
20.     Mais la sagesse, d’où vient-elle ? Où donc est-il, ce lieu du discernement ?
21.     Celée aux yeux de tout vivant, elle est cachée au volatile des ciels.
22.     La perdition et la mort disent:
« De nos oreilles nous avons entendu sa rumeur. »
23.     Elohîms discerne sa route et connaît son lieu.
24.     Oui, il regarde les extrémités de la terre; il voit sous tous les ciels,
25.     pèse le souffle, jauge les eaux à la mesure,
26.     fait la loi de la pluie, et la route pour les voix de l’éclair.
27.     Alors il la voit et l’apprécie; il l’apprête et la sonde même.
28.     Et il dit à l’homme: « Voici, frémir d’Adonaï, voilà la sagesse !
S’écarter du mal, voilà le discernement ! »

Chapitre 29.

Je vivais comme un roi

1.     Iob continue à porter son exemple et dit:
2.     Qui me rendra les lunaisons d’antan, les jours où Eloha me gardait ?
3.     Dans son auréole, sa lampe était sur ma tête;
en sa lumière, j’allais dans les ténèbres,
4.     tel que j’étais aux jours de ma juvénilité,
en l’intimité d’Eloha, dans ma tente,
5.     quand Shadaï était encore avec moi, avec, autour, mes adolescents,
6.     quand je baignais mes chevilles dans la crème,
et que, du roc, des ruisseaux d’huile coulaient pour moi.
7.     À ma sortie, à la porte de la cité, sur la place, je préparais mon siège.
8.     Les adolescents me voyaient et s’esquivaient;
les vétérans se levaient et restaient debout;
9.     les chefs retenaient leurs mots,
ils mettaient la paume sur leur bouche;
10.     la voix des guides s’esquivait; leur langue collait à leur palais.
11.     Oui, l’oreille entendait et me félicitait;
12.     l’oeil voyait et témoignait pour moi:
oui, je délivrais l’humilié qui appelle, l’orphelin sans aide.
13.     La bénédiction de l’égaré venait à moi;
je faisais jubiler le coeur de la veuve.
14.     J’étais vêtu de justice et elle me revêtait;
mon jugement était comme un manteau et une tiare.
15.     J’étais les yeux de l’aveugle, les pieds du boiteux.
16.     Moi-même, père des pauvres, je scrutais la dispute de l’inconnu.
17.     Je brisais les molaires de la forfaiture; j’arrachais la proie de ses dents.
18.     Je disais: « J’agoniserai en présence de mon nid »
mais, comme de sable, les jours se multipliaient.
19.     Ma racine ouverte aux eaux, la rosée nuitait sur ma moisson;
20.     ma gloire neuve pour moi, mon arc se déplaçait dans ma main.
21.     Ils m’entendaient, attendaient et faisaient silence; après mon conseil,
22.     ils ne répliquaient rien à ma parole; mon mot dégoulinait sur eux.
23.     Ils m’attendaient comme la pluie, et leur bouche béait à l’ondée.
24.     Je leur souriais: ils n’y croyaient pas;
la lumière de mes faces ne les abattait pas.
25.     Je choisissais leur route et siégeais à leur tête;
je vivais comme un roi parmi sa troupe,
quand il réconforte des endeuillés.

Chapitre 30.

Ils rient de moi

1.     Et maintenant ils rient de moi, plus jeunes en jours que moi,
ceux dont je rejetais les pères, pour les placer avec les chiens de mes ovins.
2.     Même la force de leurs mains, qu’est-elle pour moi ?
Elle est perdue, leur pétulance.
3.     Dans le manque et la malefaim bréhaigne, ils ont déserté au reg:
obscuration, anéantissement, néant...
4.     Cueilleurs d’arroches et d’armoise, la racine des genêts est leur pain.
5.     Expulsés du centre, ils prosternent contre eux comme après un voleur.
6.     Ils habitent les fissures des torrents, les trous de la glèbe, les antres,
7.     grognent entre les armoises et s’entassent sous la sanve;
8.     fils de veule, fils sans nom, même, consternés, hors de la terre.
9.     Et maintenant je suis leur échanson; je suis pour eux un mot.
10.     Ils m’abominent, s’éloignent de moi,
n’épargnent pas leur salive contre mes faces.
11.     Oui, ils dénouent ma corde, me violentent,
et jettent le mors contre mes faces.
12.     À droite, des voyous surgissent, ils chassent mes pieds,
et ouvrent contre moi les voies de leur calamité.
13.     Ils défoncent mon chemin, utiles à mon infortune,
sans secours pour eux.
14.     Ils rappliquent comme d’une large brèche,
et se roulent sous la tourmente.
15.     Les affolements me bouleversent;
ils pourchassent comme d’un souffle mon bienfait.
Mon salut passe comme une nébulosité.

Je vais sans soleil

16.     Et maintenant, contre moi mon être se répand;
mes jours de misère me saisissent.
17.     La nuit troue mes os contre moi; mes artères ne se couchent pas.
18.     À grande force, il s’agrippe à mon vêtement,
me bouclant par la bouche de ma tunique.
19.     Tire-moi de l’argile: je m’identifierai à la poussière, à la cendre.
20.     Je t’appelle, mais tu ne me réponds pas;
je me dresse, et tu me discernes.
21.     Tu te changes en être cruel pour moi;
tu m’exècres en la vigueur de ta main.
22.     Tu me portes sur un souffle, me le fais chevaucher,
et me dissous avec efficacité.
23.     Oui, je le sais, tu me fais retourner à la mort,
à la maison du rendez-vous de tout vivant.
24.     Ah ! qu’il n’envoie pas de main à la ruine, si dans leur échec il est un appel !
25.     Ainsi je pleure la dureté du jour; mon être se navre pour le pauvre.
26.     Oui, j’espérais le bien, le mal est venu;
j’attendais la lumière, l’obscurité est venue.
27.     Mes viscères bouillonnent sans faire silence;
les jours de misère m’ont accueilli.
28.     Sombre, je vais sans soleil; je me lève dans le rassemblement et j’appelle.
29.     Je suis le frère des chacals, le compagnon des hiboux.
30.     Ma peau noircit sur moi; mes os dardent de siccité.
31.     Et c’est le deuil de ma lyre, ma viole à la voix des pleureurs.

Chapitre 31.

Distinguer la vierge

1.     J’avais tranché un pacte pour mes yeux, afin de ne pas distinguer la vierge.
2.     Mais quelle est la part d’Eloha en haut ?
la possession de Shadaï dans les hauteurs ?
3.     N’est-ce pas la calamité du félon, l’aliénation des ouvriers de fraude ?
4.     Ne voit-il pas mes routes ?
Ne compte-t-il pas tous mes pas ?
5.     Allais-je avec le vaurien, mon pied s’activant pour la duperie ?
6.     Qu’il me pèse aux balances de justice:
Eloha connaîtrait mon intégrité !
7.     Si ma marche déviait de la route,
si mon coeur allait derrière mes yeux, si une tare collait à ma paume,
8.     que je sème, et qu’un autre mange; que mes rejetons soient déracinés !
9.     Si mon coeur était séduit par une femme,
si je m’embusquais devant la porte de mon compagnon,
10.     que ma femme fasse la mouture d’un autre;
que, sur elle, d’autres s’agenouillent !
11.     Oui, ce serait là une préméditation, un tort criminel.
12.     Oui, un feu, cela, jusqu’en Abadôn:
il mangerait et déracinerait toute ma récolte !

Les yeux de la veuve

13.     Si je rejetais le droit de mon serviteur, de ma servante,
dans leur revendication contre moi,
14.     que ferai-je quand Él se lèvera ?
Quand il sanctionnera, que lui répondrai-je ?
15.     N’est-ce pas dans un ventre que mon auteur l’a fait aussi,
préparé dans une matrice unique ?
16.     Ai-je refusé le désir des miséreux, épuisé les yeux de la veuve,
17.     mangeant seul une miche sans que l’orphelin n’en mange ?
18.     Oui, depuis ma jeunesse je l’ai élevé comme un père,
guidé depuis le ventre de ma mère.
19.     Si je voyais un homme perdu sans vêtement, un pauvre sans couverture,
20.     ses lombes me bénissaient, de la toison de mes moutons se réchauffant.
21.     Si j’agitais ma main contre l’orphelin,
quand je voyais, à la porte, une aide pour moi,
22.     que mon épaule me tombe du torse, que mon bras se brise à la clavicule !
23.     Oui, à moi le tremblement, le désastre d’Él !
Le supporter, je ne le pouvais.
24.     Ai-je mis mon expectative dans l’or,
et dit au vermeil: « Ma sécurité » ?
25.     Me suis-je réjoui de mes richesses immenses,
et de ce que ma main ait atteint la grandeur ?
26.     Si je voyais la lumière s’auréoler et la lune précieuse s’en aller,
27.     mon coeur en était-il séduit en cachette,
et ma bouche la baisait-elle de ma main ?
28.     Cela aussi aurait été un tort criminel: oui, j’aurais renié l’Él d’en haut.

L’orge et l’ivraie

29.     Me suis-je réjoui de l’échec de mon haineux,
m’éveillant quand le malheur le trouvait ?
30.     Ai-je donné à mon palais de fauter,
pour requérir l’imprécation contre son être ?
31.     Les hommes de ma tente ne disaient pas:
« Qui donnera que de sa chair nous nous rassasiions ?
32.     Le métèque ne nuitait pas dehors:
j’ouvrais mes portails à l’hôte.
33.     Si j’ai couvert comme un humain mes carences,
pour enfouir mon tort dans mon intégrité,
34.     redoutant le tumulte multiple, effaré par le mépris des clans,
je ferais silence, je ne sortirais pas à la porte.
35.     Qui me donnera un auditeur ? Voici ma griffe: que Shadaï me réponde;
que l’homme qui me combat écrive l’acte !
36.     Sur mon épaule je le porterais, et le nouerais en nimbe sur moi.
37.     Je lui rapporterais le nombre de mes pas;
je l’accueillerais comme un guide.
38.     Si ma terre clame contre moi, et ses sillons pleurent ensemble,
39.     si j’ai mangé ses produits sans payer, soufflant la vie de ses maîtres,
40.     qu’au lieu de blé sorte l’épine; au lieu de l’orge, l’ivraie !
S’achèvent les paroles de Iob.

Chapitre 32.

Èlihou à Iob

1.     Ces trois hommes cessent de répondre à Iob;
oui, lui, un juste à ses yeux.
2.     Mais la fureur d’Èlihou bèn Barakhél le Bouzi,
du clan de Râm, brûle contre Iob.
Sa fureur brûle parce qu’il prétendait être juste contre Elohîms.
3.     Contre ses trois compagnons sa fureur brûlait,
parce qu’ils n’avaient pas trouvé de réponse en accusant Iob.
4.     Èlihou attendait pendant les paroles de Iob,
car ils étaient plus anciens que lui en jours.
5.     Mais Èlihou voit qu’il n’était pas de réponse
dans la bouche des trois hommes, et sa fureur brûle.
6.     Èlihou bèn Barakhél, le Bouzi, répond et dit:
Je suis plus jeune en jours et vous êtes des vétérans.
Aussi je rampe et frémis d’énoncer ce que je sais devant vous.
7.     Je disais: « Les jours parleront;
le nombre des années fera connaître la sagesse. »
8.     Cependant, elle est un souffle en l’homme:
c’est l’haleine de Shadaï qui le fait discerner,
9.     car les sages, les anciens, qui discernent la justice ne sont pas nombreux.
10.     Aussi, je dis: Entendez-moi. J’exprimerai, moi aussi, mon savoir.
11.     Voici, j’ai attendu vos paroles;
j’ai prêté l’oreille jusqu’au bout à votre discernement,
jusqu’à ce que vous ayez fini d’ausculter les mots.
12.     Je vois jusqu’au fond de vous. Mais voici: personne n’exhorte Iob,
et pas de réponse à ses dires de votre part !
13.     De peur que vous ne disiez: « Nous avons trouvé la sagesse:
c’est à Él de cingler, pas à l’homme ! »
14.     Il ne m’a pas adressé de mots; aussi, je ne lui répondrai pas par vos dires.
15.     Ils s’effarent et ne répondent plus; ils ont extirpé les mots d’eux-mêmes.
16.     J’ai patienté jusqu’à ce qu’ils ne parlent pas:
ils s’arrêtent et ne répondent plus.
17.     Je répondrai, moi aussi, pour ma part;
j’exprimerai mon savoir, moi aussi,
18.     car je suis rempli de mots, le souffle de mon ventre me presse.
19.     Voici, mon ventre est comme un vin débouché,
fendu comme des outres neuves.
20.     Je parlerai, cela me soulagera; j’ouvrirai mes lèvres et répondrai,
21.     car je ne porte pas faces d’homme; donc je ne flatterai pas l’humain;
22.     car je ne sais pas flatter: mon créateur m’emporterait sous peu !

Chapitre 33.

La voix des mots

1.     Cependant, entends donc, Iob, mes mots;
toutes mes paroles, écoute-les !
2.     Voici donc, j’ai ouvert ma bouche; ma langue parle en mon palais.
3.     Droiture de mon coeur, mes dires;
mes lèvres profèrent clairement la connaissance.
4.     Le souffle d’Él m’a fait, l’haleine de Shadaï me vivifie.
5.     Si tu le peux, réponds-moi; en face de moi, range-toi, poste-toi.
6.     Voici, je suis comme ta bouche pour Él, moi aussi plissé d’argile.
7.     Voici, mon effroi ne te terrorisera pas; ma sollicitation ne te pèsera pas.
8.     Mais tu as parlé à mes oreilles; j’entends la voix des mots:
9.     « Je suis pur, sans carence, moi-même, l’innocent, sans tort en moi.
10.     Voici, il trouve contre moi de quoi me récuser;
il me considère comme son ennemi.
11.     Il met mes pieds aux brancades et surveille toutes mes voies. »
12.     Voici, en cela tu n’as pas été juste, et je te réponds.
Oui, Eloha est plus grand que l’homme.
13.     Pourquoi l’as-tu combattu ?
Est-ce parce qu’il n’a pas répondu à toutes tes paroles ?
14.     Oui, d’un, Él parle; et de deux, il ne le contemple pas.
15.     C’est dans un rêve, un songe, de nuit,
à la tombée de la torpeur sur les hommes,
dans les somnolences sur la couche.
16.     Alors il découvre l’oreille des hommes; il scelle leur correction,
17.     pour écarter l’humain de l’action, et recouvrir l’orgueil humain.
18.     Il épargne à son être le pourrissoir, à sa vie de passer sous le dard.
19.     Il l’exhorte par la douleur sur sa couche, par le constant combat de ses os.
20.     Sa vie a la nausée du pain; son être, de la nourriture appétissante.
21.     Sa chair se consume à vue; ses os, cachés, saillent.
22.     Son être approche du pourrissoir; sa vie, des tueurs.

Ma vie voit la lumière

23.     S’il est pour lui un messager, un seul interprète entre mille,
qui rapporte la droiture de l’humain,
24.     il lui fait grâce et dit: « Délivrez-le,
pour qu’il ne descende pas au pourrissoir. J’ai trouvé l’absolution. »
25.     Sa chair a l’incarnat de la jeunesse; il retourne aux jours de sa juvénilité.
26.     Il intercède auprès d’Eloha: il l’agrée. Il voit ses faces en l’acclamant;
il restitue à l’homme sa justice.
27.     Il fixe les hommes et dit:
« J’avais fauté, j’avais perverti la droiture;
mais cela, il ne me l’a pas compté.
28.     Il a racheté mon être pour qu’il ne passe pas au pourrissoir.
Ma vie voit la lumière ! »
29.     Voici, Él fait tout cela, deux, trois fois avec le brave:
30.     faire retourner son être du pourrissoir,
pour l’illuminer dans la lumière des vivants.
31.     Sois attentif, Iob, entends-moi, tais-toi: je parle, moi-même.
32.     S’il existe des mots, réponds-moi, parle ! Oui, je désire la justice.
33.     Sinon, entends-moi, toi, et tais-toi: je te dompterai par la sagesse.

Chapitre 34.

Èlihou répond

1.     Èlihou répond et dit:
2.     Sages, entendez mes mots ! Connaisseurs, écoutez-moi !
3.     Oui, l’oreille distingue les mots; le palais goûte la nourriture.
4.     Le jugement, choisissons-le pour nous:
nous saurons entre nous ce qui est bien.
5.     Oui, Iob dit: « J’ai raison ! Él a écarté mon jugement.
6.     Dans mon jugement je suis déçu.
Pernicieuse est ma flèche, étant sans carence en moi. »
7.     Quel brave, comme Iob, boit la moquerie comme de l’eau ?
8.     Cependant, il est l’hôte d’une société d’ouvriers de la fraude,
et va avec les hommes du crime.
9.     Oui, il disait: « Le brave ne bénéficie pas à être agréé par Elohîms. »
10.     Aussi, hommes de coeur, entendez-moi !
Profanation ! À Él, le crime ? À Shadaï, le forfait ?
11.     Oui, il rétribue l’ouvrage de l’humain,
et le traite selon la voie de l’homme.
12.     Mais, en vérité, Él n’est pas coupable;
Shadaï ne pervertit pas le jugement.
13.     Qui l’a préposé sur terre ? Qui a établi le monde entier ?
14.     Y mettrait-il son coeur, réunirait-il à lui son souffle et son haleine,
15.     toutes chairs agoniseraient ensemble;
l’humain retournerait à la poussière.
16.     Si tu as du discernement, entends ceci; écoute la voix de mes mots.
17.     Qui hait le droit peut-il gouverner ? Accuseras-tu le grand juste ?
18.     Diras-tu au roi: « Belia‘al ! » ou: « Criminels ! » à des bienfaiteurs ?
19.     Lui, il ne porte pas les faces des chefs,
et ne distingue pas le riche du miséreux.
Oui, ils sont tous l’oeuvre de ses mains.
20.     Ils meurent en un instant, au milieu de la nuit;
le peuple s’agite et passe;
ils écartent le meneur, sans main.
21.     Oui, ses yeux sont sur les routes de l’homme; il voit tous ses pas.
22.     Nulle ténèbre, nulle ombremort ne peut cacher les ouvriers de la fraude.
23.     Non, il ne fixe pas de date à l’homme pour aller en jugement devant Él.
24.     Il malmène les grands sans nombre et en élève d’autres à leur place.
25.     Ainsi reconnaît-il leurs services.
Il les bouleverse la nuit, et ils sont accablés.
26.     Quant aux criminels, il les éreinte, en un lieu plein de spectateurs,
27.     parce qu’ils se sont écartés de lui,
manquant de perspicacité sur toutes ses routes,
28.     pour faire venir contre lui la protestation du miséreux,
et entendre la protestation des humiliés.
29.     Il apaise: qui accuserait ?
Il cache les faces: qui les contemplerait ? Nation ou humain ensemble ?
30.     Pour que l’hypocrite ne règne pas sur l’humain, en piège pour le peuple.
31.     Oui, dire à Él: « Je pâtis, je ne me rebifferai pas.
32.     Enseigne-moi ce que je ne vois pas.
Si j’ai commis un forfait, je ne continuerai pas. »
33.     Pour toi, te paierait-il parce que tu l’as rejeté ?
« Oui, choisis, pas moi ! » Parle de ce que tu connais !
34.     Les hommes de coeur me le diront; l’homme sage m’entend:
35.     « Iob parle sans connaître; ses paroles sont dépourvues de perspicacité.
36.     Mon père ! Iob sera examiné jusqu’à la fin,
pour ses réponses d’homme de fraude.
37.     Oui, Iob ajoute à sa faute la carence;
il éreinte parmi nous et multiplie ses dires contre Él. »

Chapitre 35.

Les mélodies de la nuit

1.     Èlihou répond et dit:
2.     Penses-tu cela avec justice ? Tu dis: « Je suis plus juste qu’Él ! »
3.     Oui, tu dis: « Que t’importe ? Et quelle utilité à ne pas fauter ? »
4.     Moi, je te répondrai par des mots, et à tes compagnons avec toi.
5.     Regarde les ciels et vois; fixe l’éther: ils sont plus hauts que toi.
6.     Si tu fautes, en quoi oeuvres-tu contre lui ?
Tes carences se multiplient-elles ? Que lui as-tu fait ?
7.     Si tu es juste, que lui donnes-tu ? Et que prendrait-il de ta main ?
8.     À l’homme semblable à toi, ton crime ! Au fils d’Adâm, ta justification !
9.     De trop d’oppression, ils clament, et appellent contre le bras des grands.
10.     Mais nul ne dit: « Où est-il, Eloha, mon créateur,
le donneur des mélodies de la nuit ?
11.     Il nous dresse plus que les bêtes de la terre;
plus que le volatile des ciels il nous donne la sagesse. »
12.     Là, ils vocifèrent, mais il ne répond pas, à cause du génie des malfaiteurs.
13.     Mais en vain ! Él n’entend pas ! Shadaï ne le regarde pas !
14.     Ou quand tu dis: « Tu ne le regardes pas ! »
Le procès est en face de lui, et tu languis après lui.
15.     Et maintenant, non, rien ! Il déchaîne sa fureur
et ne connaît pas grande trêve.
16.     Iob, fumée ! Sa bouche bée, il palabre, sans connaître les mots.

Chapitre 36.

Les cordes de l’humiliation

1.     Èlihou continue et dit:
2.     Attends un peu: je m’exprimerai pour toi.
Oui, Eloha a encore des mots.
3.     Je porte au loin ma connaissance, et rends justice à mon créateur,
4.     car en vérité mes mots ne sont pas un mensonge;
ma connaissance est intègre avec toi.
5.     Voici, Él est grand, il ne rejette pas; grand en force, en coeur.
6.     Le criminel ne vit pas. Il rend le jugement des humiliés.
7.     Il ne soustrait pas ses yeux du juste;
il les installe auprès des rois sur le trône, et les élève à jamais.
8.     S’ils sont liés aux fers, enchaînés aux cordes de l’humiliation,
9.     il leur rapporte leurs oeuvres, car leurs carences s’étaient renforcées.
10.     Il découvre leurs oreilles à la discipline;
et il dit: « Oui, ils retourneront de la fraude. »
11.     S’ils entendent et servent, leurs jours s’achèvent dans le bien;
leurs années dans les délices.
12.     S’ils n’entendent pas, ils passent sous le dard;
ils agonisent dans la non-connaissance.
13.     Les coeurs hypocrites excitent la fureur; ils n’appellent pas quand il les lie.
14.     Leur être meurt en pleine jeunesse; leur vie dans les puteries.
15.     Il renfloue l’humilié de son humiliation,
et découvre leur oreille dans l’oppression.
16.     Toi aussi, il t’attirera hors de la bouche de la détresse,
large, sans fond, au répit de ta table pleine d’onctuosité.
17.     Tu étais plein d’un procès criminel; le procès et le jugement te soutenaient.
18.     Oui, que la fièvre ne t’incite pas au doute !
Que la rançon multiple ne te dévoie !
19.     Ton appel vaudra-t-il, sinon dans la détresse ?
Ou tous les efforts de la force ?
20.     N’aspire pas à la nuit, pour hisser des peuples de leur place.
21.     Prends garde ! Ne fais pas face à la fraude !
Oui, tu avais préféré cela à l’humiliation.

L’éther ruisselle

22.     Oui, Él culmine dans sa force. Qui est, comme lui, l’enseigneur ?
23.     Qui a préposé pour lui sa route ?
Qui lui dit: « Tu commets une forfaiture ! » ?
24.     Souviens-toi que son oeuvre, que les hommes regardent, s’épanouit.
25.     Tous les humains la contemplent; l’homme la regarde de loin.
26.     Voici, Él est immense et pas connu;
le nombre de ses années est incalculable.
27.     Oui, il met en réserve des dégoulinements d’eaux
et distille la pluie de vapeur
28.     dont l’éther ruisselle; elle dégoutte sur l’humain, abondamment,
29.     quand il discerne aussi les déploiements d’une nébulosité,
aux déflagrations de sa hutte.
30.     Voici, il déploie sa lumière au-dessus, et découvre les racines de la mer.
31.     Oui, là il juge les peuples, et donne la nourriture à profusion.
32.     À deux paumes, il se recouvre de lumière, et lui ordonne une cible.
33.     Son tonnerre l’annonce, l’ardeur d’une fureur sur un cyclone !

Chapitre 37.

Le gel des Irradiations

1.     De cela même mon coeur tressaille et palpite en son lieu.
2.     Entendez, entendez l’irritation de sa voix,
le murmure qui sort de sa bouche.
3.     Sous tous les ciels, il le débride, sa lumière sur les ailes de la terre.
4.     Derrière lui la voix rugit;
il tonne par la voix de son génie et ne la refrène pas:
oui, il fait entendre sa voix.
5.     De sa voix, Él tonne; prodiges, faiseur de grandeurs;
et nous ne le pénétrons pas.
6.     Oui, à la neige il dit: « Sois sur terre ! »
Averse, pluie, averse, ô pluie de son énergie !
7.     Il ferme la main de tout humain,
pour que tous les hommes pénètrent son oeuvre.
8.     L’animal vient dans la tanière, hante son repaire.
9.     L’ouragan vient de la Chambre, le gel des Irradiations.
10.     De l’haleine d’Él il donne la glace; l’étendue des eaux se solidifie.
11.     Il leste le ru dans la nue, et la nuée diffuse sa lumière.
12.     Il tourbillonne, tournoie en ses impulsions,
pour oeuvrer à tout ce qu’il leur ordonne sur les faces du monde, à terre.
13.     Il les provoque, soit comme verge, soit en grâce et son chérissement.
14.     Écoute cela, Iob ! Dresse-toi, discerne les prodiges d’Él !
15.     Sais-tu quand Eloha la met sur eux,
et que resplendit la lumière de sa nuée ?
16.     Pénètres-tu les pondérations de la nébulosité,
les prodiges d’intègres pénétrations,
17.     toi dont les habits sont chauds, au calme de la terre du Midi ?
18.     Avec lui, as-tu laminé l’éther, fort comme un miroir solide ?
19.     Fais-nous savoir que lui dire:
nous cesserons d’être confrontés aux faces de la ténèbre.
20.     Lui est-il rapporté que je parle ?
Quand l’homme le dit, est-il englouti ?
21.     Maintenant, ils ne voient pas la lumière, ni la clarté de l’éther,
quand le souffle est passé et les a purifiés.
22.     Du septentrion, l’or surgit d’Eloha frémissant de majesté.
23.     Nous n’avons pas inventé Shadaï, immense en force.
Au jugement, où la justification est multiple, il ne violente pas.
24.     Aussi, les hommes frémissent de lui. Tout coeur sage ne voit.

Chapitre 38.

La réponse de IHVH-Adonaï

1.     IHVH-Adonaï répond à Iob, de la tempête, et dit:
2.     Quel est celui qui enténèbre le conseil, aux mots sans pénétration ?
3.     Ceins donc tes lombes, comme un homme.
Je te questionne: fais-moi pénétrer.
4.     Où étais-tu quand j’ai fondé la terre ?
Rapporte-le, si tu pénètres le discernement !
5.     Qui a fixé ses mesures ? Le pénètres-tu ? Qui a tendu sur elle le cordeau ?
6.     Dans quoi ses socles furent-ils enfoncés ? Qui a tiré sa pierre d’angle,
7.     quand les étoiles du matin jubilaient ensemble,
aux ovations de tous les fils d’Elohîms ?
8.     Qui clôtura la mer à deux portails,
quand, en son déferlement, elle sortit de la matrice;
9.     quand je lui impartis la nuée pour vêtement, et pour lange le brouillard ?
10.     Je la brisai par ma loi et lui mis un verrou, des portails.
11.     Je dis: « Viens jusqu’ici, ne continue pas !
Ici s’arrête le génie de tes vagues ! »
12.     As-tu, en tes jours, donné des ordres au matin ?
As-tu fait connaître son lieu à l’aube,
13.     pour saisir les ailes de la terre et y berner les criminels ?
14.     Elle se transforme comme l’argile sous un sceau,
et ils surgissent comme dans un vêtement.
15.     Mais leur lumière est interdite aux criminels; le bras levé est brisé.
16.     Es-tu venu jusqu’aux enfonçures de la mer ?
As-tu cheminé dans les arcanes de l’abîme ?
17.     Se sont-elles découvertes à toi, les portes de la mort ?
Vois-tu les portes de l’ombremort ?
18.     Discernes-tu jusqu’aux immensités de la terre ?
Rapporte, si tu la pénètres toute.
19.     Sur quelle route demeure la lumière ? La ténèbre, où est son lieu,
20.     pour que tu les prennes à leur frontière,
et discernes les chemins de leur maison ?
21.     Tu le sais; oui, tu étais né alors ! Il est grand, le nombre de tes jours !

Qui souffle le simoun ?

22.     As-tu accédé aux réserves de neige ? Vois-tu les réserves de grêle
23.     que j’épargne pour les temps de détresse,
pour le jour de la mêlée et de la guerre ?
24.     Où est la route qui distribue la lumière, qui souffle le simoun sur la terre ?
25.     Qui fend le canal des inondations, la routes des voies de l’éclair,
26.     pour faire pleuvoir sur une terre sans homme, sur un désert sans humain;
27.     pour rassasier l’anéantissement, le néant,
et faire germer la sortie du gazon ?
28.     A-t-elle un père, la pluie ? Ou qui enfante les gouttelettes de la rosée ?
29.     Du ventre de qui sort la glace ? Le givre des ciels, qui l’enfante ?
30.     Les eaux se dissimulent sous l’apparence de la pierre,
prises sur les faces de l’abîme.

La provende du corbeau

31.     As-tu lié les banderoles de la Pléiade ? Ou dénoué les drisses d’Orion ?
32.     Fais-tu sortir à temps les constellations ?
Réconfortes-tu l’Ourse avec ses fils ?
33.     Pénètres-tu les lois des ciels ? Mets-tu leur influence sur terre ?
34.     Élèves-tu ta voix dans la nébulosité,
pour que le déferlement des eaux te couvre ?
35.     Lances-tu les éclairs et vont-ils ? Te disent-ils: « Nous voici » ?
36.     Qui impartit la sagesse aux ibis ? Ou qui donne le discernement au coq ?
37.     Qui raconte l’éther avec sagesse ? Qui incline les outres des ciels,
38.     et coule la poussière en solide, quand les mottes se collent ?
39.     Chasses-tu la proie pour le lion ?
Assouvis-tu l’animalité des lionceaux,
40.     quand ils s’accroupissent dans les repaires,
se tapissent dans le fourré, aux aguets ?
41.     Qui prépare la provende du corbeau, quand ses petits appellent Él
et vaguent sans nourriture ?

Chapitre 39.

La spasme des biches

1.     Connais-tu le temps où enfantent les bouquetins du rocher ?
Surveilles-tu le spasme des biches ?
2.     Comptes-tu les lunes qu’elles remplissent ?
Connais-tu le temps de leur parturition,
3.     quand elles se ploient, mettent bas leurs petits, expulsant leur faix ?
4.     Leurs faons forcissent, croissent dans la lande,
sortent et ne reviennent plus.
5.     Qui envoie l’onagre en liberté ?
Et qui dénoue les liens de l’hémione ?
6.     J’ai mis dans la steppe sa maison, ses demeures dans les salins.
7.     Il se rit du tumulte de la cité, n’entend pas les huées du cerbère.
8.     Il prospecte les montagnes, sa pâture, où il quête toute verdure.
9.     L’aurochs consent-il à te servir ? Nuite-t-il dans ta crèche ?
10.     Attelles-tu l’aurochs par sa bride au sillon ?
Herse-t-il derrière toi les vallées ?
11.     Te fies-tu à lui parce que sa force est immense ?
Lui abandonnes-tu ton labeur ?
12.     Adhères-tu à lui pour qu’il te rapporte ta semence et remplisse ton aire ?
13.     Le virtuose ailé exulte, le pennage, la cigogne, les rémiges...
14.     Oui, elle abandonne à terre ses oeufs; elle les chauffe dans la poussière.
15.     Elle oublie que le pied les écrase, que l’animal du champ les foule.
16.     Elle brutalise ses petits comme non siens,
sans crainte pour la vanité de sa peine.
17.     Oui, Eloha a obnubilé sa sagesse et ne lui a pas imparti de discernement.
18.     Mais au temps où elle décolle vers le haut,
elle se rit du cheval et de son cavalier.
19.     Donnes-tu au cheval l’héroïsme ? Revêts-tu son cou d’une crinière ?
20.     Le fais-tu bondir comme un criquet ? Majesté, effroi de son hennissement !
21.     Il rue dans la vallée, piaffe avec force et sort à la rencontre des armes.
22.     Il se rit de la peur et ne s’effare pas, ne recule pas en face de l’épée.
23.     Le carquois tinte sur lui, l’éclair de la lance et de la javeline.
24.     Bondissant et frémissant, il absorbe la terre,
inébranlable à la voix du shophar.
25.     À l’éclat du shophar, il dit: « Hèah ! »
De loin, il hume la guerre, le tonnerre des chefs, l’ovation...

Là où sont les victimes

26.     Discernes-tu comment s’empenne l’épervier,
qui déploie ses ailes vers le Téimân ?
27.     Est-ce par ta bouche que le vautour s’élève et juche son nid,
28.     hante le rocher et nuite sur la dent d’un rocher ou d’une trappe ?
29.     De là il guette sa proie; ses yeux regardent au loin.
30.     Ses oisillons se gorgent de sang. Il est là où sont les victimes.

Chapitre 40.

Le dialogue

1.     IHVH-Adonaï répond à Iob et dit:
2.     Le contestataire de Shadaï se corrigera-t-il ?
Le censeur d’Eloha répondra-t-il ?
3.     Iob répond à IHVH-Adonaï et dit:
4.     Voici, j’étais léger. Que te répondrai-je ?
Je mets ma main sur ma bouche.
5.     Un, j’ai parlé, mais n’ai pas répondu; deux, je n’ajouterai rien.
6.     IHVH-Adonaï répond à Iob de la tempête et dit:
7.     Ceins donc tes lombes comme un brave.
Je te questionne: fais-moi connaître !
8.     Nies-tu ma justice ? Me condamnes-tu pour te justifier ?
9.     As-tu un bras comme Él ? D’une voix comme la sienne tonnes-tu ?
10.     Pare-toi donc de génie et de grandeur !
Vêts-toi de majesté, de magnificence,
11.     et que se dispersent les emportements de ta fureur !
Vois tout orgueilleux, rabaisse-le !
12.     Vois tout orgueilleux, terrasse-le ! Accable le criminel sur place !
13.     Enfouis-les ensemble dans la poussière,
leurs faces bandées dans l’enfouissement !
14.     Moi aussi je te célébrerai, pour ce que ta droite t’aura sauvé !

Behémot, l’hippopotame

15.     Voici donc Behémot, l’hippopotame, que j’ai fait avec toi.
Il mange de l’herbe comme un bovin.
16.     Le voici donc, sa force dans ses hanches;
sa virilité dans les muscles de son ventre.
17.     Il bande sa queue, semblable à un cèdre;
les nerfs de sa croupe sont entrelacés.
18.     Ses os: des tubes de bronze; son squelette, tel un ringard de fer.
19.     Lui, en-tête des routes d’Él; son créateur lui présente son épée.
20.     Oui, les montagnes portent pour lui des récoltes;
tous les animaux du champ jouent avec lui.
21.     Il se couche sous les jujubiers, au voile de la jonchaie du marais.
22.     Les jujubiers l’obombrent de leur ombre;
les saules du torrent le recouvrent.
23.     Voici que le fleuve l’entraîne: il ne se précipite pas;
que le Iardèn déferle dans sa gueule: il reste impassible.
24.     Le capturent-ils par les yeux ? De dards, lui percent-ils la narine ?
25.     Hales-tu le Leviatân à l’hameçon, à la corde enfoncée sous la langue ?
26.     Mets-tu le grappin dans sa narine ? Lui perces-tu la joue au croc ?
27.     Te prodigue-t-il des supplications ? Ou bien te parle-t-il avec tendresse ?
28.     Tranche-t-il un pacte avec toi ? Le prends-tu pour serf à jamais ?
29.     Joues-tu avec lui comme l’oiseau ? L’attrapes-tu pour tes adolescentes ?
30.     Les associés le marchandent-ils ? Le débitent-ils entre les marchands ?
31.     Cribles-tu de piquants sa peau ? Au harpon à poissons sa tête ?
32.     Mets sur lui ta paume: au souvenir de cette guerre tu n’y reviendras plus !

Chapitre 41.

Un chaudron effervescent

1.     Voici, son attente a été trompée; à sa seule vision, il est renversé.
2.     Nul n’est assez intrépide pour l’éveiller. Qui se postera en face de moi ?
3.     Qui avancera ? Je lui réglerai son compte ! Tout, sous les ciels, est à moi !
4.     Celui-là, je ferai taire son fait,
la parole des héroïsmes, la grâce de sa vaillance.
5.     Qui découvre ses faces, sa vêture ? Qui franchit son double mors ?
6.     Les portes de ses faces, qui peut les ouvrir ?
Autour de ses dents, c’est l’effroi.
7.     L’orgueil du ruissellement de boucliers, fermés, étroitement scellés,
8.     l’un dans l’autre imbriqués; le souffle ne pénètre pas entre eux.
9.     L’un à l’autre collés, ils s’agglomèrent et ne se séparent pas.
10.     Ses éternuements s’auréolent de lumière,
ses yeux semblables aux paupières de l’aube.
11.     De sa bouche émanent des torches; des flammèches de feu s’en échappent.
12.     Une fumée jaillit de ses naseaux,
comme d’un chaudron effervescent ou de scirpes.
13.     Son être flamboie de braises; la flamme jaillit de sa gueule.
14.     En son col nuite l’énergie; en face de lui, la mortification pirouette.

La mer en potion

15.     Les fanons de sa chair collent, coulés sur lui, inébranlables.
16.     Son coeur est compact comme une pierre, compact comme une meule gisante.
17.     À son irruption, les intrépides s’épouvantent, les brisants se dérobent.
18.     L’épée l’atteint sans se planter, la lance, la pique, le dard.
19.     Il compte le fer pour chaume; pour bois pourri le bronze.
20.     L’archer ne le fait pas fuir;
les pierres de la fronde pour lui se changent en paille.
21.     La massue compte pour paille, et il se rit de la vibration d’une javeline.
22.     Il a sous lui des pointes de tessons;
il s’étale comme une herbe sur le limon.
23.     Comme un chaudron il fait bouillonner le gouffre,
et met la mer en potion.
24.     Derrière lui, le sillage irradie; l’abîme s’énumère en sénescence.
25.     Nul sur la poussière n’est à son exemple, fait pour ne pas s’effarer.
26.     Il voit toute hauteur, lui, le roi de tous les fils de fauves.

Chapitre 42.

Iob à IHVH-Adonaï

1.     Iob répond à IHVH-Adonaï et dit:
2.     Je sais que tu peux tout; rien n’est impossible pour toi.
3.     Qui occultait sans pénétration la décision ?
Ainsi je m’y opposais sans la discerner,
trop prodigieuse pour moi, sans la pénétrer.
4.     Entends donc ! Je parlerai moi-même.
Je t’ai interrogé, et tu m’as fait pénétrer.
5.     Je t’avais entendu à ouïe d’oreille.
Maintenant, mon oeil t’a vu.
6.     Sur quoi je me rétracte et me conforte dans la poussière et la cendre.
7.     Et c’est après que IHVH-Adonaï eut dit ces paroles à Iob,
IHVH-Adonaï dit à Èliphaz le Téimani: « Ma fureur brûle contre toi
et contre tes deux compagnons, car vous n’avez pas parlé de moi
avec exactitude, comme Iob, mon serviteur.
8.     Maintenant, prenez pour vous sept bouvillons et sept béliers.
Allez vers Iob, mon serviteur; faites monter pour vous une montée.
Iob mon serviteur, priera pour vous.
Ainsi, je porterai ses faces, afin de ne pas faire de vous une charogne,
car vous n’avez pas parlé de moi avec exactitude,
comme Iob mon serviteur. »
9.     Ils vont, Èliphaz le Téimani, Bildad le Shouhi, et Sophar le Na‘amati.
Ils font comme IHVH-Adonaï leur avait dit.
IHVH-Adonaï porte les faces de Iob.
10.     IHVH-Adonaï fait retourner le retour de Iob, après sa prière pour son compagnon.
IHVH-Adonaï ajoute tout ce qu’avait fait Iob, au double.
11.     Viennent à lui tous ses frères, ses soeurs, ses connaissances de jadis.
Ils mangent avec lui le pain dans sa maison.
Ils hochent la tête sur lui et le réconfortent
de tout le malheur que IHVH-Adonaï avait fait venir contre lui.
Un homme lui donne une qesita, un homme une narinière d’or.

Iob rassasié de jours

12.     IHVH-Adonaï bénit l’après de Iob plus que son en-tête.
Et c’est pour lui quatorze mille ovins, six mille chameaux,
mille paires de bovins, mille ânesses.
13.     Et c’est pour lui sept fils et trois filles.
14.     Il crie le nom de l’une: « Iemima, Colombine »;
le nom de la deuxième: « Qesi‘a, Cinnamome »;
et le nom de la troisième: « Qèrèn-ha-Poukh, Cornet à Poukh. »
15.     Il ne se trouve pas de femmes
aussi belles que les filles de Iob sur toute la terre.
Leur père leur donne une possession au milieu de leurs frères.
16.     Iob, après cela, vit cent quarante ans.
Il voit ses fils, les fils de ses fils: quatre âges.
17.     Et Iob meurt vieux, rassasié de jours.